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Le blog de Dib hamza

l'évangile de barnabé ( suite )

6 Octobre 2011 , Rédigé par Dib Hamza

Chapitre 100 

Vive Dieu, frères, je crains que Dieu ne soit irrité contre moi! Il faut donc que vous alliez par la Judée et Israël prêcher aux douze tribus d'Israël la vérité pour qu'ils soient détrompés!» Avec crainte et en pleurant, les disciples répondirent : «Nous ferons tout ce que tu nous ordonneras.» Jésus dit alors : «Faisons trois jours de prière et de jeûne et chaque soir, au moment ou on voit la première étoile et où on prie Dieu, nous en ferons dorénavant trois, en lui demandant trois fois miséricorde parce que le péché d'Israël est trois fois plus grave que les péchés des autres.» Les disciples répondirent : «Qu'il en soit ainsi!» 

Après le troisième jour, au matin du quatrième, Jésus convoqua tous les disciples et apôtres et leur dit : «Il suffit que restent avec moi Barnabé et Jean. Vous autres, vous irez par toute la région de Samarie, de Judée et d'Israël prêchant la pénitence, car la hache est mise près de l'arbre pour le couper! Priez sur les malades, car Dieu m'a donné pouvoir sur toute infirmité!» 

Celui qui écrit dit alors : «Maître, si on interroge tes disciples sur la façon dont on doit faire pénitence, que répondront-ils?» Jésus répondit : «Quand on perd une bourse, l'œil retourne-t-il seul en arrière pour la voir? ou la main pour la reprendre? ou la langue pour interroger? Non bien sûr, mais c'est le corps tout entier qui retourne en arrière et qui emploie toutes les puissances de son âme pour la retrouver, n'est-il pas vrai? » Celui qui écrit répondit : «C'est tout à fait vrai!» 

 

 

Chapitre 101 

Jésus dit alors : «La pénitence est l'inverse de la mauvaise vie, car chaque sens doit se convertir au contraire de ce qu'il fit en péchant : au plaisir, on doit opposer la douleur; au rire les larmes; aux orgies, les jeûnes; aux sommeil, les veilles; à l'oisiveté, l'activité; à la luxure, la chasteté. Que les contes se changent en prière et l'avarice en aumônes!» 

Celui qui écrit demanda : «Mais si on leur demande comment nous devons souffrir, comment nous devons pleurer, comment nous devons jeûner, comment nous devons agir, comment nous devons rester chastes, comment nous devons prier et faire l'aumône, que répondront-ils? ET comment feront-ils une bonne pénitence s'ils ne savent pas se repentir?» 

Jésus répondit : «Voilà une bonne question, Barnabé. Je veux y répondre pleinement, s'il plaît à Dieu. Aussi aujourd'hui, te parlerai-je de la pénitence en général. Et ce que je dis à l'un, je le dis à tous. Sachez donc que la pénitence, plus que toute autre chose, doit être accompli par pur amour de Dieu. Autrement, il serait vain de se repentir. Je vous parlerai donc par comparaison. Toute construction, si on lui enlève ses bases, tombe en ruine, n'est-ce pas vrai ?» -«C'est vrai! », répondirent les disciples, Jésus dit alors : «La base de notre salut, c'est Dieu; sans lui il n'y a pas de salut. Quand un homme a péché, il a perdu la base de son salut. Aussi faut-il qu'il commence par la base. 

Dites-moi, si vos serviteurs avaient offensés et que vous appreniez qu'ils ne souffrent pas de vous avoir offensés, mais seulement d'avoir perdu leur récompense, leur pardonneriez-vous? Bien sûr que non! Ainsi, vous dis-je, Dieu fera-t-il envers ceux qui se repentent d'avoir perdu le paradis. Satan ennemi de tout bien, regrette bien d'avoir perdu le paradis et d'avoir gagné l'enfer. Mais il ne trouvera jamais miséricorde. Savez-vous pourquoi? Parce qu'il n'aime pas du tout Dieu et qu'il hait même son créateur. 

 

 

Chapitre 102 

Je vous le dis en vérité, tout animal, selon sa propre nature, s'il perd ce qu'il désire, regrette le bien qu'il a perdu. C'est pourquoi le pécheur qui veut vraiment faire pénitence doit avoir grand désir de lui-même ce qui a agi contre son créateur. Ainsi en priant il n'aura pas la hardiesse de demander le paradis, ou que Dieu le libère de l'enfer; mais prosterné avec confusion devant Dieu, il dira en priant : «Seigneur, voici le coupable qui t'a offensé sans aucune raison, dans le moment même où il devait te servir! C'est donc de ta main qu'il vient chercher ici la punition de ce qu'il a fait et non pas de la main de Satan, ton ennemi, pour que l'impie ne se réjouisse pas de tes créatures. Châtie, punis comme il te plaît, Seigneur! Tu ne me donnera jamais autant de tourment que n'en mérite le scélérat que je suis !» S'il se tient dans cette attitude, le pécheur trouvera en Dieu d'autant plus miséricorde qu'il demandera justice. 

C'est vraiment un sacrilège abominable pour le pécheur que de rire, car notre père David appelle justement ce monde "vallée de larmes." Il était une fois un roi qui adopta pour fils un de ses esclaves et qui le fit maître de tout ce qu'il possédait. Il advint que par la tromperie d'un scélérat, le malheureux tomba en disgrâce auprès du roi. Si bien qu'il endura de grandes misères, tant dans son mode d'existence que de la façon dont il était méprisé et dépouillé de ce qu'il gagnait chaque jour par son travail. Croyez-vous qu'un tel homme riait un seul instant?». «Non certainement, répondirent les disciples, car si le roi l'avait su, il l'aurait fait tuer de le voir rire de sa disgrâce! Mais il est vraisemblable qu'il pleurait jour et nuit!» 

Jésus pleura alors et dit : «Malheur au monde, car il est assuré d'un éternel tourment! Oh, homme misérable, notre Dieu t'avait élu quasiment comme fils et t'avait donné le paradis; et toi, misérable, poussé par Satan, tu tomba en disgrâce auprès de Dieu, tu fus chassé du paradis et condamné au monde immonde où tu n'obtiens rien qu'avec peine et où toute bonne action se dérobe à toi puisque tu pèches continuellement. Et pourtant le monde rit, et, ce qui est pire, c'est que le plus grand pécheur rit plus que les autres! Il arrivera donc comme vous l'avez dit : Dieu damnera de mort éternelle le pécheur qui rit et qui ne pleure pas ses péchés. 

 

 

Chapitre 103 

Les pleurs du pécheur doivent être comme ceux du père qui pleure sur son fils près de mourir. O homme fou, tu pleures sur le corps que l'âme a quitté et tu ne pleures pas l'âme que la miséricorde de Dieu a quittée à cause du péché! 

Dites-moi, si le marin, quand son bateau a fait naufrage, pouvait par ses pleurs récupérer tout ce qu'il a perdu, que ferait-il? Il pleurerait certainement sans arrêt! Pourtant, je vous le dis en vérité, l'homme pèche chaque fois qu'il pleure quelque chose, sauf s'il pleure à cause du péché. En effet, toute misère qui lui arrive vient de Dieu pour son salut, aussi devrait-il se réjouir! Le péché au contraire vient du diable pour la damnation de l'homme et l'homme ne s'en attriste pas! Apprenez par là que l'homme cherche ce qui lui nuit et nom pas ce qui lui est utile!» 

Barthélémy dit : «Seigneur, que fera celui qui ne peut pas pleurer car son cœur est étranger aux pleurs?» Jésus répondit : «Barthélémy, tous ceux qui versent des larmes ne pleurent pas pour autant! Vive Dieu, il y a des hommes dont les yeux n'ont jamais versé une larme et qui ont pleuré plus que mille de ceux qui versèrent des larmes! Les pleurs du pécheur, c'est la consomption des sentiments terrestres par la force de la douleur, de sorte que cette consomption préserve l'âme du péché, comme le sel préserve de la putréfaction ce sur quoi on le met. Si Dieu donnait au véritable pénitent autant de larmes que la mer contient d'eau, il en voudrait beaucoup plus. Aussi ce désir consume-t-il le peu d'humeur qui voudrait sortir, comme une ardente fournaise consume une goutte d'eau. Par contre, ceux qui éclatent facilement en sanglots sont comme le cheval qui marche d'autant plus vite qu'il est moins chargé. 

 

 

Chapitre 104 

À la vérité, il y a des hommes qui ont à la fois les sentiments intérieurs et les larmes extérieures. Mais qui est ainsi ? Il n'y a qu'un seul Jérémie! En fait de pleurs. Dieu considère plus la douleur que les larmes.» 

Jean dit alors : «Maître, comment l'homme se perd-il en pleurant pour autre chose que pour le péché?» Jésus répondit : «Si Hérode te donnait en garde un manteau et qu'ensuite il te l'enlevait, aurais-tu raison de pleurer?» -«Non!» dit Jean. Jésus dit alors : «Eh bien, l'homme a encore moins raison de pleurer quand il perd quelque chose, ou qu'il n'a pas ce qu'il voudrait, parce que tout vient de la main de Dieu. Est-ce que Dieu ne peut pas disposer à son gré de ses affaires? O homme fou, tu n'as à toi que le péché, c'est pour lui que tu dois pleurer et pas pour autre chose!» 

Matthieu dit : «Maître, tu as proclamé devant toute la Judée que Dieu n'a aucune ressemblance avec l'homme et maintenant tu dis que l'homme reçoit de la main de Dieu. Si Dieu a des mains, il a une ressemblance avec l'homme!» Jésus répondit : «Tu es dans l'erreur, Matthieu! Et beaucoup se sont trompés de cette manière en ignorant le sens de mots, car l'homme doit considérer non pas l'extérieure des mots, mais leur sens. La voix humaine est en effet comme un interprète entre nous et Dieu. Or, ne savez-vous pas que, lorsque Dieu voulut parler a nos pères sur le mont Sinaï, nos pères s'écrièrent : «Parle-nous, toi, Moïse, mais que Dieu ne nous parle pas, de peur que nous ne mourrions!» Et Dieu ne dit-il par le prophète Isaïe : Les voies de Dieu sont aussi éloignées de celles des hommes et les pensées de Dieu des pensées des hommes que le ciel est éloignée de la terre. 

 

 

Chapitre 105 

Dieu est 'a ce point immense que je tremble à le décrire. Pourtant il faut que je vous en parle. Je vous dirai donc que les cieux sont au nombre de sept, éloignés l'un de l'autre autant que le premier ciel l'est de la terre; or, il en est éloignés de cinq cent années de route. la terre est donc distante du ciel le plus haut de trois mille cinq cents* années de route. Je vous dis donc que le rapport entre une pointe d'aiguille et le premier ciel est égale au rapport entre le premier ciel et le second, et de même pour tous les cieux. Pourtant toute la grandeur de la terre ajoutée a celle de tous les cieux est, par rapport au paradis, comme une pointe d'aiguille et même comme un grain de sable. N'est-elle pas incommensurable cette grandeur?» Les disciples répondirent : «Oui, certes!» 

Jésus dit alors : «Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, toute est petit devant Dieu comme un grain de sable! Dieu est autant de fois plus grand qu'il faudrait de grains de sable pour remplir tous les cieux et le paradis, et davantage encore! Eh bien, voyez donc s'il y a une proportion quelconque entre Dieu et l'homme qui n'est qu'un peu de boue qui se tient sur la terre! «Soyez donc très attentifs à comprendre le sens et non la lettre si vous voulez avoir la vie éternelle.!» 

Les disciples répondirent alors : «Seul Dieu peut se connaître lui-même! C'est vraiment comme a dit le prophète Isaïe : «Il est caché au sens de l'homme.» Jésus dit : «C'est vrai. Et quand nous serons au paradis, nous connaîtrons Dieu comme ici-bas on connaît la mer avec une goutte d'eau salée! 

Pour en revenir à mon propos, je vous dirai qu'il faut pleurer seulement parce qu'en péchant l'homme abandonne Dieu son créateur. Mais comment pleurera-t-il celui qui participe aux orgies et aux festins? Il pleurera comme la glace donne du feu! Si vous voulez dominer vos sens, il faut changer les orgies en jeûnes car c'est ainsi que notre Dieu les domina.» 

Thaddée dit : «Dieu a-t-il donc quelque sens à dominer?» Jésus répondit : «Vous commencez à dire : Dieu a ceci ... Dieu est comme cela ... ! Dites-moi, l'homme a-t-il une sensibilité?» -«Oui!» répondirent les disciples, Jésus dit : «Existe-t-il un seul homme vivant en qui la sensibilité ne soit pas à l'œuvre?» -«Non!» répondirent les disciples. «Vous vous trompez, dit Jésus, car où est la sensibilité de celui qui est aveugle, sourd-muet et estropié? Et quand l'homme est tombé en syncope? » Alors les disciples furent embarrassées. Jésus dit : «Il y a trois choses qui font l'homme : l'âme, la sensibilité et la chair, chacune ayant sa vie propre. Comme vous l'avez appris, notre Dieu créa l'âme et le corps, mais vous n'avez pas encore appris comment il créa la sensibilité. C'est pourquoi demain, s'il plaît à Dieu, je vous dirai tout.» Après ces paroles, Jésus rendit grâces à Dieu et pria pour le salut de notre peuple, chacun de nous disant : «Amen».

 

 

Chapitre 106 

Après la prière de l'aurore, Jésus s'assit sous un palmier et ses disciples s'approchèrent de lui. Il dit : «Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, beaucoup se trompent sur notre vie! En effet, l'âme, la sensibilité et la chaire sont si unies que la plupart des hommes affirment que l'âme et la sensibilité sont une seule et même chose. En la divisant selon son activité et son selon son essence, ils l'appellent âme sensitive, végétative et intellective. Mais en vérité je vous le dis, c'est la même âme qui comprend et qui vit. Oh, les sots, où trouveront-ils une âme intellective qui soit sans vie? Certainement jamais! Par contre, la vie peut se rencontrer sans la sensibilité, comme chez celui qui est à moitié mort et que la sensibilité abandonne. 

Thaddée dit : «Maître, quand la sensibilité abandonne la vie, l'homme est mort!» Jésus répondit : «Ce n'est pas vrai! C'est quand l'âme s'en va que l'homme est mort, car elle ne reviendra dans le corps que par miracle. Mais la sensibilité s'en va en raison de la peur qu'elle éprouve ou de la grande douleur qu'éprouverait l'âme. La sensibilité, Dieu l'a créée en effet, pour le plaisir et elle ne vit que pour cela, comme le corps vit de nourriture, et l'âme de connaissance et d'amour! Elle se rebelle maintenant contre l'âme à cause de l'indignation qu'elle éprouve d'être privée du plaisir du paradis par le péché. Il est donc de la plus grande importance que celui qui ne veut pas qu'elle vive de plaisir charnel, la nourrisse de plaisir spirituel. Comprenez-vous? Je vous le dis en vérité, Dieu après l'avoir créée la condamna à l'enfer, au neiges et aux glaces intolérables parce qu'elle disait qu'elle était Dieu. Mais quand il la privé de nourriture et lui enleva les aliments, elle reconnut qu'elle était servante de Dieu et œuvre de ses mains. Or, dites-moi, chez les impies, comment la sensibilité agit-elle? Assurément, elle est en eux comme Dieu, puisqu'ils la suivent et qu'ils abandonnent la raison et la loi de Dieu. Aussi deviennent-ils abominables, sans rien faire de bien. 

 

 

Chapitre 107 

C'est pourquoi la première chose qui suit le regret du péché, c'est le jeûne. En effet, celui qui voit qu'un aliment l'a rendu malade, regrette d'abord de l'avoir mangé et puis l'abandonne pour ne pas tomber malade, car il craint la mort. Ainsi doit faire le pécheur. Sachant que le plaisir, en suivant la sensibilité dans les biens de ce monde, l'a fait pécher contre Dieu son créateur, il regrette d'avoir agi ainsi, parce que cela le prive de Dieu qui est sa vie, et lui donne la mort éternelle de l'enfer. 

Mais étant donné que l'homme doit user des biens de ce monde pour vivre, il lui faut jeûner ici-bas pour parvenir à mortifier sa sensibilité et connaître Dieu son Seigneur. Quand tu vois que la sensibilité déteste les jeûnes, montre-lui l'état de l'enfer où on ne prend nul plaisir, mais où on éprouve une douleur infinie, et montre-lui les délices du paradis qui sont tels qu'un seul grain de raisin du paradis est meilleur que tous les délices du monde. De cette façon elle se tiendra facilement tranquille. Il vaut mieux en effet se contenter de peu pour recevoir beaucoup, que d'être sans retenue dans les petites choses mais privé de tout dans les tourments. 

Pour bien jeûner, vous devez vous rappeler le riche bien vivant; pour avoir voulu tous les jours sur cette terre faire très bonne chère, il fut privé d'une goutte d'eau dans l'éternité. Tandis que Lazare, en se contentant des miettes sur cette terre, se tiendra éternellement dans les délices sans bornes du paradis. 

Mais que le pénitent soit prudent, car Satan cherche à détruire toute œuvre bonne; et plus encore chez un pénitent que chez d'autres, car le pénitent s'en rebellé contre lui et s'est changé de fidèle serviteur en ennemi rebelle. Satan cherchera donc à tout prix à l'empêcher de jeûner sous prétexte de maladie. Et quand cela ne vaudra pas il l'invitera à un jeune extrême pour qu'il tombe malade et qu'il vive ensuite dans les délices. Et s'il n'y réussit pas, il cherchera à ne le faire jeûner que d'aliment corporel, pour qu'il soit pareil à lui qui ne mange jamais et qui pèche toujours. 

Vive Dieu! il est abominable de priver son corps de nourriture et de remplir son âme d'orgueil tout en méprisant ceux qui ne jeûnent pas et en se prétendant meilleur qu'eux! Dites-moi, le malade se glorifiera-t-il de la diète que lui fait suivre le médecin et traitera-t-il de fous ceux qui ne la font pas? Certes non! Il déplorera plutôt la maladie pour laquelle il est à la diète. De même, je vous le dis, le pénitent ne doit pas se glorifier du jeûne, ni mépriser ceux qui ne jeûnent pas, mais il doit déplorer le péché pour lequel il jeûne. 

Que le pénitent qui jeûne ne se procure pas d'aliments recherchés, mais qu'il se contente d'aliments grossiers! Est-ce que l'homme donnera des aliments recherchés au chien qui mord et au cheval qui regimbe? Certainement pas! Mais tout le contraire! Que cela vous suffise à propos du jeûne! 

 

 

Chapitre 108 

Mais écoutez ce que je vais vous dire des veilles, car de même qu'il y a deux sortes de sommeil, celui du corps et celui de l'âme, de même il faut être prudent dans les veilles pour que l'âme ne dorme pas alors que le corps veille, ce qui serait une très grave erreur! 

Dites-moi, par comparaison : voici un homme qui heurte une pierre en marchant et qui, pour ne plus la heurter du pied, la heurte de la tête. Que dit-on d'un tel homme ?» Les disciples répondirent : «C'est un malheureux, un détraqué!» Jésus dit alors : «Vous avez bien répondu. En vérité je vous le dis, celui qui veille avec son corps et dort avec son âme est détraqué. Il est d'autant difficile à guérir que l'infirmité spirituelle est plus grave que l'infirmité corporelle. Ainsi ce malheureux se glorifiera de ce que son corps qui est le pied de sa vie, ne dort pas, tandis que qu'il ne s'aperçoit pas, dans sa misère, que son âme dort, elle qui est la tête de sa vie! 

Le sommeil de l'âme, c'est l'oubli de Dieu et son terrible jugement. Ainsi l'âme qui veille, c'est celle qui reconnaît Dieu en tout et partout, c'est celle qui remercie sa majesté en tout, pour tout, par-dessus tout, qui reconnaît que toujours et à tout moment elle reçoit grâce et miséricorde de Dieu. Dès lors, dans la crainte de sa majesté, la voix angélique résonne toujours à son oreille : «Créatures, venez au jugement, car votre créateur veut vous juger!» Aussi demeure-t-elle habituellement dans le service de Dieu. 

Dites-moi, que préférez-vous, voir à la lumière d'une étoile ou à la lumière du soleil?» André répondit : «A la lumière du soleil, Maître! Parce qu'à la lumière de l'étoile nous ne pouvons pas voir les montagnes qui sont proches, tandis qu'à la lumière du soleil, nous voyons le plus petit grain de sable. C'est avec crainte que nous marchons à la lumière de l'étoile, tandis qu'à la lumière de soleil nous marchons avec assurance.» 

 

 

Chapitre 109 

Jésus dit : «Eh bien, je vous le dis, c'est ainsi que vous de veiller avec l'âme sous ce soleil de justice qu'est notre Dieu. Mais ne vous glorifiez pas des veilles du corps! Il est très vrai pourtant qu'il faut fuir le sommeil corporel autant qu'on peut, mais il est impossible de l'éviter tout à fait, puisque la sensibilité et la chair sont alourdies d'aliments et la raison d'affaires. Que celui qui veut dormir peu, évite donc le trop grand nombre d'affaires et qu'il évite de manger beaucoup! Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, il est permis de dormir un peu chaque nuit, mais il n'est jamais permis d'oublier Dieu et son terrible jugement; un tel oubli c'est le sommeil de l'âme!» 

Celui qui écrit demanda : «Maître, comment pourrions-nous toujours nous souvenir de Dieu? Cela nous paraît tout à fait impossible!» Jésus dit avec un soupir : «Voilà la plus grande misère que puisse souffrir l'homme, Barnabé! Sur cette terre. il ne peu pas toujours se souvenir de Dieu son créateur, sauf ceux qui sont saints, car ils le gardent toujours en mémoire : ils ont tellement en eux la lumière de la grâce de Dieu qu'il ne peuvent pas oublier Dieu. 

Pourtant dites-moi, avez-vous vu ceux qui travaillent pour équarrir des pierres brutes? Ils ont tellement appris à frapper par un continuel exercice qu'ils parlent avec d'autres tout en frappant sans regarder le ciseau qui travail la pierre. Et pourtant ils ne se frappent pas sur les mains! Faites donc ainsi vous-mêmes! Ayez le désir d'être des saints si vous voulez surmonter complètement cette misère de l'oubli! Il est certain que l'eau désagrège les pierres les plus dures quand une goutte y tombe pendant longtemps. Savez-vous pourquoi vous n'avez pas surmontée cette misère? Parce que vous ne savez pas que c'est un péché! Je vous dirai donc ceci : quand un prince te fait un cadeau, ô homme, c'est une faute de fermer les yeux et de lui tourner le dos. De même, ceux qui oublient Dieu commettent une faute, car l'homme reçoit à tout instant de Dieu dons et miséricorde. 

 

 

Chapitre 110 

Maintenant, dites-moi, chaque instant ne vous est-il pas donné par notre Dieu? Oui, certes, car il vous accorde sans cesse le souffle dont vous vivez. En vérité, en vérité, je vous le dis, chaque fois que votre corps reçoit le souffle, votre cœur devrait dire : «Que Dieu soit remercié!» 

Jean dit alors : «Tes paroles sont très vraies, Maître! Enseigne-nous donc le moyen de parvenir à cet état bienheureux!» Jésus répondit : «En vérité, je vous le dis, on n'y parvient pas avec les forces humaines, mais par la miséricorde de Dieu notre Seigneur. Il est bien vrai que l'homme doit désirer le bien pour que Dieu le lui donne. Dites-moi, quand vous êtes à table, pensez-vous de ces aliments que vous ne voulez même pas voir? Bien sûr que non! De même, je vous le dis, vous ne recevrez pas ce que vous ne voulez pas désirer. Si vous désirez la sainteté, Dieu est assez puissant pour vous rendre saints en moins de temps qu'il n'en faut pour cligner de l'œil. Mais notre Dieu veut que nous attendions et que nous demandions, pour que l'homme reconnaisse le don et le donateur. 

Avez-vous vu ceux qui s'exercent à tirer à l'arc sur une cible? Certes, ils tirent souvent en vain. Pourtant jamais ils ne veulent tirer en vain, ils ont toujours l'espoir d'atteindre la cible! Eh bien, vous qui voudriez toujours avoir en mémoire notre Dieu, faites-le vous aussi. Quand vous l'oubliez, déplorez-le, et Dieu vous donnera la grâce de parvenir à tout ce que je vous ai dit. 

Le jeûne et la veille spirituelle sont si unis entre eux que dès qu'on rompt la veille, on rompt aussi le jeûne. En effet, en péchant l'homme rompt le jeûne de l'âme et oublie Dieu. Il faut donc que notre âme et celle de tous veillent et jeûnent sans cesse; car il n'est permis à personne de pécher. 

Quand au jeûne corporel et aux veilles, croyez-moi, on ne peut toujours en faire, et tous ne peuvent pas les faire, par exemple les malades, les vieillards, les femmes enceintes, les voyageurs, les enfants, et ceux qui ont une complexion délicate. Que chacun choisisse donc son jeûne tout comme il s'habille sur mesure! Car, de même que les vêtements d'un enfant ne vont pas à un homme de trente ans. ainsi les veilles et les jeûnes de l'un ne sont-ils pas faits pour l'autre. 

 

 

Chapitre 111 

Pourtant prenez garde : Satan mettra tous ses efforts à vous amener à veiller la nuit, pour qu'en suite vous dormiez, quand sur l'ordre de Dieu vous devrez prier et écouter sa parole! Dites-moi, vous plairait-il qu'un de vos amis mange de la viande et vous laisse les os?» Pierre répondit : «Non, Maître! Un tel homme, il ne faut pas l'appeler ami, mais insulteur!» Jésus dit en soupirant : «Tu dis vrai, Pierre. En vérité, celui dont le corps veille plus qu'il s'est nécessaire, dormira ou aura la tête lourde de sommeil en priant ou en écoutant la parole de Dieu. Ce malheureux insulte Dieu son créateur et il est coupable de ce péché. C'est même un voleur : il vole le temps qu'il doit donner à Dieu et il le dépense quand il lui plaît et dans le mesure où cela lui plaît. 

Du tonneau d'un excellent vin, un homme donna à boire à ses ennemis tant que le vin fut bon; mais arrivé à la lie, il en donna à boire son seigneur. Que pensez-vous que fera le maître à ce serviteur quand il l'apprendra et que le serviteur sera devant lui? Evidemment, il le fouettera et le tuera dans une juste indignation selon les lois du monde! Et Dieu, que fera-t-il à l'homme qui emploie ses meilleurs moments aux affaires et ses plus mauvais à la prière et à l'étude de la loi? Malheur au monde, car son cœur est lourd de ce péché-là et de plus grave encore! 

Donc, quand je vous ai dit : que le rire se change en pleurs, les orgies en jeûnes et le sommeil en veilles, je vous ai résumé en trois mots ce que vous avez entendu, c'est-à-dire que sur cette terre il faut toujours pleurer, mais que les pleurs doivent venir du cœur parce qu'on a offensé Dieu notre créateur; que vous devez jeûner pour dominer la sensibilité et veiller pour ne pas pécher; et qu'il faut mesurer les larmes, le jeûne et les veilles corporels à la complexion de chacun. 

 

 

Chapitre 112 

Jésus ajouta : «Il faut que vous cherchiez des fruits et des herbes pour nous sustenter, car voilà huit jours que nous n'avons pas mangé de pain. Je prierai donc notre Dieu et je vous attendrai avec Barnabé.» Tous les apôtres et les disciples s'en allèrent donc par quatre et par six selon la parole de Jésus. Celui qui écrit resta avec Jésus. 

Jésus dit alors en pleurant : «Barnabé, il faut que je te fasse connaître de grands secrets que tu révéleras au monde quand je serai parti.» Celui qui écrit répondit en pleurant : «Maître, les pleurs laisses-les nous, à moi et aux autres hommes, car nous sommes pécheurs, mais toi, saint et prophète de Dieu, il ne convient pas que tu pleures tant!» Jésus répondit : «Crois-moi, Barnabé, je ne peux pas pleurer autant que je ne devrais! Si les hommes ne m'avaient pas appelé Dieu, j'aurais vu Dieu ici-bas comme on le verra au paradis et j'aurais été assuré de ne pas craindre au jour du jugement! Pourtant, Dieu le sait, je suis innocent, jamais je n'ai eu la pensée d'être tenu pour autre chose que pour un vil serviteur. Je te dis même que si je n'avais pas été appelé Dieu, j'aurais été emporté au paradis en quittant le monde, tandis que je ne m'y rendrai pas avant le jugement. Tu vois bien que j'ai raison de pleurer! 

Sache, Barnabé, que je dois être grandement persécuté pour cela et que je serai vendu par un de mes disciples pour trente deniers. Ainsi, même si je suis assuré que celui qui me vendra sera tué sous mon nom car Dieu m'enlèvera du monde et transformera tellement le traître que chacun croira que c'est moi, comme il mourra mal, je resterai néanmoins longtemps avec ce déshonneur dans le monde. 

Mais quand viendra Muhammad, messager sacré de Dieu, cette infamie sera enlevée. Dieu le fera parce que j'ai proclamé la vérité du Messie. C'est celui-ci qui me donnera la récompense : on saura que je suis vivant et étranger à cette mort infâme!» 

Celui qui écrit répondit : «Maître, dis-moi quel est ce coquin que je l'étrangle!» -«Tais-toi, répondit Jésus, car Dieu le veut ainsi et on ne peut pas faire autrement! Pourtant fais ceci : quand ma mère en sera affligée, dis-lui la vérité afin qu'elle soit consolée!» Celui qui écrit répondit : «Je ferai tout cela, Maître, s'il plaît à Dieu!» 

 

 

Chapitre 113 

Les disciples rapportèrent des pignons et trouvèrent une bonne quantité de dattes par la volonté de Dieu. Après la prière de midi, ils mangèrent donc avec Jésus. Mais les apôtres et les disciples voyant que celui qui écrit était triste, craignirent que Jésus ne dût quitter bientôt le monde, Jésus les rassura en disant : «Ne craignez pas : l'heure n'est pas encore venue où je vous quitterai. Je resterai encore un peu de temps avec vous. Il faut donc que je vous enseigne maintenant, pour que vous alliez prêcher la pénitence partout en Israël comme je vous l'ai dit, afin que Dieu pardonne le péché d'Israël. 

Que chacun se garde donc de l'oisiveté, surtout celui qui fait pénitence, car toute arbre qui ne produit pas de bon fruit sera coupé et jeté au feu. Il était une fois un habitant de la ville qui possédait une vigne. Au milieu, il avait un jardin planté d'un beau figuier. Pendant les trois ans que vint le maître, ce figuier ne produisit pas de fruit. Voyant que les autres arbres de lieu produisaient du fruit, il dit à son vigneron : «Coupe ce mauvais arbre : il occupe inutilement le terrain!» Le vigneron répondit : «N'en fais rien, maître, car c'est un bel arbre!» -«Tais-toi, dit le maître, je ne prends pas soin de beauté inutiles! 

Tu dois savoir que le palmier et le baume sont plus nobles que le figuier. Or, j'avais planté dans la cour de ma maison, un plant de palme et un plant de baume que j'avais entourés de murs coûteux; pourtant comme ils ne produisaient pas de fruit mais des feuilles qui pourrissaient et gâtaient le terrain devant la maison, je les ai fait enlever tous les deux. Et maintenant, je ferais grâce à un figuier éloigné de la maison et qui occupe inutilement mon jardin et ma vigne, là où tout autre arbre produit du fruit? Non, je ne le supporterai plus!» Le vigneron dit alors : «Seigneur, le terrain est trop gras, attends encore un an, j'émonderai la frondaison, je dégraisserai la terre en y mettant de la terre maigre et des cailloux, et il produira du fruit!» Le patron répondit : «Eh bien, fais-le! J'attendrai que le figuier porte du fruit!» 

Comprenez-vous cette parabole?» Les disciples répondirent : «Non, Seigneur! Explique-la nous!»

 

Chapitre 114 

Jésus répondit : «En vérité je vous le dis, le maître, c'est Dieu; le vigneron, c'est sa loi. C'est donc Dieu qui avait en paradis le palmier et le baume. Le palmier, c'est satan, et le baume, c'est le premier homme. Comme ils ne produisaient pas de bonnes œuvres et qu'ils disaient des paroles impies qui condamnèrent beaucoup d'anges et beaucoup d'hommes, il les chassa. A présent, Dieu a placé l'homme dans le monde, au milieu de ses créatures qui toutes le servent selon son précepte, alors que l'homme ne produit rien, comme je l'ai dit. Volontiers il le retrancherait et l'enverrait en enfer puisqu'il n'a pardonné ni à l'ange ni au premier homme et qu'il a puni l'ange pour l'éternité et l'homme pour un temps; mais la loi de Dieu intervient et dit : «l'homme a trop de bien dans cette vie; il faut qu'il soit affligé et qu'on lui enlève les biens de ce monde pour qu'il fasse le bien. 

Notre Dieu attend donc que l'homme fasse pénitence. Je vous le dis en vérité, notre Dieu condamna l'homme à travailler, de sorte que comme le dit Job, ami et prophète de Dieu : «L'homme naît pour travailler comme l'oiseau pour voler et le poisson pour nager.» Et le prophète de Dieu, David notre père, dit : «Nous serons heureux et nous nous trouverons bien de manger des œuvres de nos mains.» Que chacun travaille donc selon sa condition! Dites-moi : si David, notre père, et Salomon, son fils, travaillaient de leurs mains, que doit faire le pécheur?» 

Jean répondit : «Maître, il est bien de travailler, mais c'est aux pauvres de le faire!» Jésus répondit : «Oui, puisqu'ils ne peuvent pas faire autrement, mais ne sais-tu pas que le bien, pour être bien, doit être libre d'obligation? Le soleil et les autres planètes y sont forcés par ordre de Dieu et ne peuvent pas faire autrement; il n'auront donc pas de mérite! Dites-moi, lorsque Dieu donna l'ordre de travailler, il ne dit pas : «L'homme pauvre vivra à la sueur de son visage!» Et Job ne dit pas : «L'homme pauvre naît pour travailler comme l'oiseau pour voler!» Mais Dieu dit à l'homme : «A la sueur de ton visage, tu mangeras ton pain!» Et Job dit que l'homme naît pour travailler. C'est pourquoi celui qui n'est pas homme est exempt de cet ordre. 

Si tout est cher, c'est bien parce qu'il y a des foules d'oisifs, et pas autre chose. S'ils travaillaient, soit à cultiver la terre, soit à pêcher, le monde serait dans une abondance extrême. Mais il faudra rendre compte de sa pénurie au jour du redoutable jugement. 

 

 

Chapitre 115 

Que l'homme me dit un peu ce qu'il a apporté dans ce monde pour vouloir vivre sans rien faire! Il est clair qu'il est né nu, incapable de rien faire! Il n'est donc pas le patron de tout ce qu'il a trouvé, mais l'intendant qui devra rendre compte au jour redoutable. 

Tu dois craindre beaucoup l'abominable luxure qui rend l'homme semblable aux animaux sans raison, car ton ennemi est si familier que tu ne peux aller nulle part sans qu'il y vienne aussi. Oh combien ont péri par la luxure! A cause de la luxure, vint le déluge, et le monde péri avant la miséricorde de Dieu; seuls Noé et quatre-vingt-trois personnes se sauvèrent! A cause de la luxure, Dieu ensevelit trois cités malfaisantes et seul Lot s'enfuit avec ses deux filles! A cause de la luxure, la tribu de Benjamin fut quasiment éteinte! Je vous le dis en vérité, si je vous énumérais tous sont qui sont morts à cause de la luxure, cinq jours n'y suffiraient pas!» 

Jacques dit : «Maître, que veut dire luxure?» Jésus répondit : «La luxure est un désir effréné d'amour qui, n'étant pas dirigé par la raison, envahit tellement l'intelligence et les sentiments de l'homme que celui-ci, ne se connaissant plus lui-même, aime ce qu'il devait haïr. Croyez-moi, quand l'homme aime quelque chose, non parce que Dieu la lui a donnée, mais comme son propriétaire, c'est un fornicateur, car il uni à la créature l'âme qui doit être unie à Dieu son Créateur. Aussi Dieu se lamente par Isaïe le prophète en disant : «Tu as forniqué avec de nombreux amants. Pourtant, reviens à moi et je te recevrais!» Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, si l'homme n'avait pas de luxure à l'intérieure, dans son cœur, il n'y tomberait pas à l'extérieur, car l'arbre meurt vite une fois arrachée la racine. 

Que l'homme se contente donc de l'épouse que son créateur lui a donnée et qu'il oublie toute autre!» André demanda : «Comment l'homme oublierait-il les femmes alors qu'il vit en ville où elles se trouvent en grand nombre?» Jésus répondit : «Certes, André, celui qui vit en ville aura du mal, car la ville est un éponge qui absorbe toute iniquité!»

 

Chapitre 116 

En ville, il faut que l'homme vive exactement comme le soldat dont la forteresse est assiégée d'ennemis : à chaque assaut, il se défend et il craint toujours la trahison des habitants. Qu'il repousse de même, comme je l'ai dit, toute invitation externe au péché et qu'il craigne la sensibilité, car elle désir par-dessus tout les saletés. 

Mais comment se défendra-t-il s'il ne réfrène pas son œil qui est à l'origine de tout péché de la chair? Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, celui qui est privé des yeux du corps est sûr de ne recevoir de peine qu'au troisième degré, tandis que celui qui a des yeux la recevra u septième degré. 

Au temps du prophète Elie, il advint ceci. Voyant pleurer un aveugle qui était homme de bien, Elie l'interrogea : «Pourquoi pleures-tu, frère?» lui dit-il. L'aveugle répondit : «Je pleure parce que je ne peux pas voir Elie, prophète saint de Dieu!» Elie le reprit alors : «Cesse de pleurer homme, dit-il, car tu pèches en pleurant!» L'aveugle répondit : «Dis-moi donc, est-ce un péché de voir un saint prophète de Dieu qui ressuscite les morts et qui fait descendre le feu du ciel?» Elie répondit : «Ce n'est pas vrai : Elie ne peut rien faire de ce que tu dis; c'est un homme comme toi; et tous les hommes ensemble ne peuvent faire naître une seule mouche!» 

L'aveugle reprit : «Tu dis cela, homme, parce qu'Elie t'aura reproché un péché que tu as commis. C'est pour cela que tu le hais!» Elie répondit : «Plaise à Dieu que tu dise vrai, frère, car si je haïssais Elie, j'aimerais Dieu! Et plus je haïrais Elie, plus j'aimerais Dieu!» A ces mots, l'aveugle se mit fort en colère et dit : «Vive Dieu, tu es un impie! On aime donc Dieu en haïssant le prophètes de Dieu? Va-t-en à l'instant, je ne veux plus t'entendre!» Elie répondit : «Eh bien, frère, tu peux voir avec ton intelligence comme il est mauvais de regarder avec les yeux du corps : tu désires la vue pour regarder Elie, mais tu le hais avec ton âme.» L'aveugle : «Va-t-en donc! Tu es le diable et veux me pécher contre le saint de Dieu!» 

Elie soupira alors et dit en pleurant : «Tu dis vrai, frère, car ma chair que tu voudrais voir te sépare de Dieu.» L'aveugle dit : «Je ne veux pas te voir et même si j'avais des yeux, je les fermerais pour ne pas te voir!» Elie dit alors : «Sache, frère, que je suis Elie!» L'aveugle répondit : «Tu ne dis pas la vérité!» Alors les disciples d'Elie dirent : «Frère, en vérité, c'est le prophète de Dieu dit l'aveugle, qu'il me dise de quelle tribu je suis, et comment je suis devenu aveugle!»

 

Chapitre 117 

Elie répondit : «Tu es de la tribu de Lévi! Notre Dieu te priva de la vue parce qu'au moment d'entrer dans son peuple, alors que tu étais près de sanctuaire, tu regardas de façon mauvaise une femme!» Alors l'aveugle dit en pleurant : «Pardonne-moi, saint prophète de Dieu, car j'ai péché en te parlant. 

Si je t'avais vu je n'aurais pas péché!» Elie répondit : «Que notre Dieu te pardonne, frère! Quant à moi, je sais que tu m'as dit la vérité. En effet, plus je me hais moi-même, plus j'aime Dieu, Si tu me voyais, ton désir s'apaiserait, ce qu'à Dieu ne plaise! Car ce n'est pas Elie ton créateur, mais Dieu. 

Selon toi, je suis le diable, dit Elie en pleurant, puisque je te détourne de ton créateur! Pleure donc, frère, car tu n'as pas cette lumière qui te ferait voir le vrai du faux. Si tu l'avais, tu n'aurais pas méprisé ma doctrine. Aussi je te le dis, beaucoup qui méprisent mes paroles veulent me voir et viennent de loin pour cela. Il vaudrait mieux pour leur salut qu'ils n'aient pas d'yeux, car celui qui se complaît dans la créature quelle qu'elle soit et qui ne s'efforce pas à se complaire à Dieu, s'est fait une idole dans le cœur et a abandonné Dieu.» 

Jésus dit alors en soupirant : «Avez-vous compris tout ce qu'a dit Elie?» Les disciples répondirent : «Certes, nous l'avons compris et nous sommes stupéfaits d'apprendre que sur cette terre bien peu ne sont pas idolâtres.»

 

Chapitre 118 

Jésus dit alors : «Vous dites la vérité, car récemment Israël voulait, en me prennent pour Dieu, réaliser l'idolâtrie qu'ils ont dans le cœur! Beaucoup d'entre eux ont méprisé ma doctrine sous prétexte que je pouvais me rendre maître de toute la Judée en me reconnaissant Dieu. Ils prétendent que je suis fou de vouloir vivre pauvrement au milieu des déserts au lieu de demeurer continuellement parmi les princes, dans le luxe. Oh, malheureux homme, tu apprécies la lumière que nous avons en commun avec les mouches et fourmis et tu méprises la lumière qui n'est partagée que par les anges, les prophètes et les saints amis de Dieu! 

Si on ne surveille pas son œil, André, je te le dis, il est impossible de ne pas tomber dans la luxure! A ce propos , le prophète Jérémie dit justement et en pleurant : «Mon œil est un voleur qui dérobe mon âme!» Et avec une extrême ferveur, votre père David priait Dieu notre Seigneur de détourner ses yeux pour qu'ils ne voient pas les vanités, car en vérité, tout ce qui a un terme est vain. Dites-moi donc : si quelqu'un avait deux sous pour acheter du pain, les dépenserait-il pour acheter de la fumée? Certes non, car la fumée fait mal aux yeux et n'apporte rien au corps. Que l'homme fasse donc de même : qu'il cherche à l'extérieur par le regard de ses yeux et à l'intérieur par le regard de son intelligence, à connaître Dieu son créateur et le bon plaisir de sa volonté! Que la créature ne soit pas son but et ne l'égare pas loin du créateur!

 

Chapitre 119 

Car en vérité, chaque fois que l'homme voit quelque chose et qu'il oublie Dieu qui l'a faite à son intention, il y a péché! En effet, si ton ami te donne quelque chose à garder en souvenir de lui, mais qu'en le voyant tu l'oublie lui-même tu l'as offensé. Ainsi fait l'homme. Quand il voit une créature et qu'il ne se souvient pas du créateur qui l'a créée par amour pour lui, il pèche par ingratitude envers Dieu son créateur. 

C'est pourquoi, celui qui voit une femme et qui oublie Dieu qui l'a créa pour le bien de l'homme, il l'aime, la désire et sa luxure déborde tellement qu'il aime tout ce qui ressemble à celle qu'il aime. C'est ainsi que naquit ce péché dont il est honteux de garder en mémoire. 

Mais si l'homme met un frein à ses yeux, il dominera la sensibilité, qui ne peut désirer que ce qui lui est présenté, et la chair sera assujettie à l'esprit. Car de même que sans vent le bateau ne peut avancer, de même la chair pécher sans la sensibilité. 

Qu'ensuite, il soit nécessaire pour le pénitent d'abandonner les contes pour la prière, c'est ce que montre la raison si ce n'était déjà un ordre de Dieu. 

L'homme en effet pèche en toute parole inutile, tandis que notre Dieu efface le péché par la prière. Or la prière est avocate de l'âme; elle est remède de l'âme, elle est défense du cœur, arme de la foi, frein de la sensibilité, sel de la chair qu'elle empêche de pourrir dans le péché. Je vous le dis, la prière, c'est les mains de notre vie! 

Aussi l'homme qui prie se défendra-t-il au jour du jugement, car sur cette terre il aura guéri son âme du péché, il aura préservé son cœur de l'atteinte des mauvais désirs et offensé Satan en maintenant sa sensibilité dans la loi de Dieu. Sa chair marchera dans la justice et recevra de Dieu tout ce qu'il demandera. 

Vive Dieu, en présence de qui nous sommes, sans prière il est aussi impossible à l'homme de faire le bien qu'à un muet de dire son fait à un aveugle; qu'à une plaie de guérir sans onguent; aussi impossible que de se défendre sans bouger, d'attaquer sans armes, de naviger sans gouvernail ou de conserver de la viande sans sel. Car en vérité, celui qui n'a pas de main ne peut pas prendre. 

Si l'homme pouvait changer l'ordure en or et la boue en sucre, que ferait-il?» Comme Jésus se taisait, les disciples répondirent : «Chacun ne s'occuperait qu'à faire de l'or et du sucre!» Jésus dit alors : «Pourquoi donc l'homme ne transforme-t-il pas en prière la sotte habitude de raconter des histoires? Le temps lui est-il donné par Dieu pour qu'il l'offense? Certes non, quel prince donnerait en effet une ville à son sujet pour qu'il lui fasse la guerre? Vive Dieu, si l'homme savait comme l'âme se déforme par les paroles vaines, il se trancherait la langue avec les dents plutôt que de parler! Oh, malheureux monde : aujourd'hui les hommes ne se rassemblent pas pour prier, mais sous les portiques du temple et dans le temple même Satan y reçoit le sacrifice des paroles vaines, et qui pis est, des choses dont on ne peut parler sans honte!

 

Chapitre 120 

Voici le fruit des paroles vaines : elles affaiblissent tellement l'intelligence qu'elle n'est plus apte à recevoire la vérité. De même qu'un cheval accoutumé de porter une once d'ouate ne peut pas porter cent livres de pierre. 

Mais il y a pire, c'est quand l'homme passe son temps en plaisanteries. Satan lui remet ses plaisanteries-là en mémoire pendant la prière, et au moment ou il devrait pleurer ses péchés pour provoquer la miséricorde de Dieu et en recevoir le pardon, il provoque sa colère en riant. Dieu le châtiera et le réprouvera. Malheur donc à ceux qui racontent des plaisanteries et qui parlent inutilement. 

Pourtant si notre Dieu e en abomination ceux qui plaisantent et ceux qui parlent inutilement, quel cas fera-t-il de ceux qui murmurent et qui diffament le prochain? Et en quel état sont ceux qui traitent du péché comme d'une affaire absolument nécessaire? Oh, monde immonde, je ne peux pas imaginer la punition que tu recevras de Dieu! 

Je vous le dis, celui qui veut faire pénitence doit donner ses paroles à prix d'or!» Ses disciples répondirent : «Qui donc achètera des paroles d'homme à prix d'or? Sûrement personne! Et puis, comment ferait-il pénitence? Il en deviendrait certainement avare!» Jésus répondit : «Votre cœur est si lourd que je ne peux pas le soulever. Faut-il donc que je vous donne le sens de chacune de mes paroles? Pourtant remerciez Dieu qui vous a donné la grâce de connaître ses mystères. Je ne dis pas que le pénitent  doit vendre ses paroles, mais qu'il doit s'imaginer quand il parle qu'il jette de l'or. Comme on ne dépense de l'or que pour les choses nécessaire, il ne parlera que lorsqu'il sera nécessaire de parler. Comme personne ne dépense de l'or pour ce qui nuit au corps, ainsi ne parlera-t-il  pas de ce qui nuit à l'âme!. 

 

  Évangile de Barnabas (2)

 

 

 

Chapitre 121 

Tandis que le gouverneur juge le criminel qu'il a fait arrêter et que le chancelier écrit, comment cet homme parle-t-il, dites-moi ? » Les disciples répondirent : « II parle avec crainte et à propos, pour ne pas se trahir; il prend garde de ne pas dire ce qui déplairait au gouverneur, et il cherche au contraire à dire ce qui pourrait le faire libérer. » Jésus répondit alors : «C'est cela que le pénitent devrait faire pour ne pas perdre son âme, car Dieu a donné à chaque homme deux anges comme chanceliers, pour inscrire l'un le bien, l'autre le mal que fait l'homme. Si donc l'homme veut recevoir miséricorde, qu'il surveille son langage encore mieux qu'on ne surveille l'or.

 

Chapitre 122 

Quant à l'avarice, qu'elle se transforme en aumône! En vérité je vous le dis, l'avare a pour terme l'enfer comme le plomb a pour terme le centre de là terre, car il est impossible que l'avare possède quoi que ce soit au paradis! Savez-vous pourquoi? Je vais vous le dire. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, bien que l'avare se taise avec sa langue, il proclame par ses ouvres « II n'y a pas d'autre Dieu que moi !.» Tout ce qu'il a, en effet, il entend le dépenser à son gré sans considérer ni d'où il vient, ni où il va, alors qu'il vient au monde nu et qu'il laissera tout en mourant. Dites moi donc, si Hérode t vous donnait un jardin à garder, mais que vous vouliez en disposer en maître, sans envoyer aucun fruit à Hérode, si vous chassiez les envoyés qu'il enverrait pour réclamer des fruits, dites-moi, ne vous constitueriez-vous pas vous-mêmes rois de ce jardin ? Oui, certes! Eh bien, je vous le dis, l'homme avare se constitue lui-même Dieu des biens qu'il a et que Dieu lui a donnés! L'avarice est une soif qu'éprouve la sensibilité. Comme elle vit de plaisir et qu'elle ne peut prendre son plaisir en Dieu qui lui est caché puisqu'elle l'a perdu parle péché, elle s'efforce d'amasser' des choses temporelles qu'elle considère comme son bien. Elle est d'autant plus forte qu'elle se voit privée de Dieu, car la conversion du pécheur vient de Dieu qui donne la grâce de se repentir. Comme le dit notre père David : « Ce changement vient de la droite de Dieu » ! 

Il faut que je vous dise ce qu'est l'homme si vous voulez savoir comment il doit faire pénitence. Mais remercions aujourd'hui Dieu qui nous a fait la grâce de communiquer sa volonté par mes paroles. Alors, les mains levées, il pria : « Seigneur, Dieu tout-puissant et miséricordieux, toi qui, en nous créant dans ta miséricorde, nous accordas le rang d'hommes, tes serviteurs, et la foi de ton messager véridique, nous te remercions pour chacun de tes bienfaits et nous voulons t'adorer, toi seul, tout le temps de notre vie, en pleurant nos péchés, en priant, en faisant l'aumône, en jeûnant, en étudiant ta parole, en instruisant ceux qui ignorent ta volonté, en souffrant de la part du monde pour ton amour, et en nous mortifiant pour te servir, Toi, Seigneur, sauve-nous de Satan, de la chair et du monde, comme tu sauves tes élus pour ton amour, pour l'amour de ton messager pour qui tu trous créas, et pour l'amour de tous tes saints et prophètes ! » Les disciples répondaient toujours : «Ainsi soit-il Ainsi soit-il, Seigneur! Ainsi soit-il, notre Dieu miséricordieux ! »

 

Chapitre 123 

Au lever du jour, le vendredi matin, de bonne heure Jésus convoqua ses disciples après la prière et leur dit : « Asseyons-nous et, s'il plaît à Dieu, je vous dirai ce qu'est l'homme puisque c'est aujourd'hui que Dieu le créa de la boue de la terre. » Chacun s'étant assis, Jésus reprit : « Pour démontrer à ses créatures sa bonté, sa miséricorde, sa toute-puissance, sa libéralité et sa justice, notre Dieu composa en un seul et même être quatre choses opposées l'une à l'autre. Cet être, c'est l'homme. Ces choses sont : la terre, l'eau, l'air et le feu, pour que chacune tempère son excès par l'autre. Il fit de ces quatre choses un réceptacle qui est le corps de l'homme : chair, os, sang, moelle, 'peau, nerfs et veines, et tout ce qu'il y a dedans. 

A l'intérieur il mit l'âme et la sensibilité,' comme les deux mains de cette vie. ü donna pour emplacement à ta sensibilité toutes les parties du corps et celui-ci ta diffusa en lui comme de l'huile. A l'Ame, il donna pour emplacement le cœur. Unie à la sensibilité, elle y dirige toute la vie. 

Ayant ainsi créé l'homme, Dieu mit en lui une lumière qu'on appelle la raison. Celle?ci devrait unir la chair, la sensibilité et l'âme dans le but unique de travailler au service de Dieu. Puis il plaça cette œuvre dans le paradis. Mais la sensibilité ayant séduit la raison à l'instigation de Satan, la chair perdit le repos, la sensibilité perdit le plaisir dont elle vit et l'âme perdit sa beauté. Et l'homme est resté en cet état. La sensibilité qui n'est plus dirigée par la raison, ne s'apaise pas dans le travail; au contraire, elle cherche le plaisir et suit la lumière 

que lui montrent les yeux. Mais comme les yeux ne peuvent voir que la vanité, elle se trompe et en choisissant les choses terrestres, elle pèche. 

Pour que la raison distingue le bien du mal et le vrai plaisir, il faut donc qu'elle soit de nouveau illuminée par la miséricorde de Dieu. Quand elle le distingue, le pécheur se convertit à la pénitence. C'est pourquoi, je vous le dis en vérité, si Dieu notre Seigneur n'illumine pas le cœur de l'homme, les raisonnements des hommes ne serviront à rien! » 

Jean dit : « A quoi servent donc les paroles des hommes » Jésus répondit : « L'homme, en tant qu'homme, ne sert à rien pour convertir quelqu'un à la pénitence, mais en tant que moyen dont Dieu se sert, il convertit. Aussi, comme Dieu agit secrètement dans l'homme pour son salut, il faut écouter chacun et le recevoir comme celui en qui Dieu nous parle. » 

Jacques demanda : « Maître, si par hasard un faux prophète ou un docteur en mensonges se présente et prétend nous enseigner, que devons-nous faire ? »

 

Chapitre 124 

Jésus répondit par une comparaison : « Un homme s'en va avec son filet pour 'pécher. Ii prend beaucoup de poissons, mais il jette ceux qui sont mauvais. Un homme sort pour semer, mais seul, le grain qui tombe en bonne terre fructifiez. Ainsi devez-vous faire :écoutez chacun, mais ne recevez que la vérité, car la vérité seule fructifie pour la vie éternelle. 

André répondit : «Mais comment reconnaîtra-t-on la vérité ? » Jésus répondit : «Recevez comme vrai tout ce qui est conforme au livre de Moïse. Car Dieu est un, la vérité est une. En conséquence, la doctrine est une, le sens de la doctrine est un et c'est pourquoi est une aussi la foi. Je vous le dis en vérité, si la vérité n'avait pas été effacée du livre de Moïse, Dieu n'aurait pas donné le second livre à David, notre père. Et si le livre de David n'avait pas été contaminé, Dieu ne m'aurait pas envoyé l'évangile, car le Seigneur notre Dieu est immuable et il a tenu un seul langage à tous les hommes. C'est pourquoi, quand le messager de Dieu viendra, il purifiera tout ce que les impies auront contaminé dans mon livre. 

Celui qui écrit répondit : « Maitre, que fera l'homme si la toi est contaminée et que parle un faux prophète? » Jésus répondit : Grande est ta demande Barnabé! Eh bien, je te le dis, en ce cas-là, peu se sauvent! Car alors les hommes ne font plus attention à Dieu qui est leur but. Vive Dieu Il en présence de qui se tient mon âme, toute doctrine qui détourne l'homme de son but, c'est-à-dire de Dieu, est une doctrine exécrable. Toi qui as offensé Dieu et qui l'offenses chaque jour, tu considéreras trois choses dans la doctrine : l'amour envers Dieu, l'affection envers le prochain et la haine envers soi-même. Toute doctrine contraire à ces trois points, fuis?la, elle est exécrable! » 

 

 

Chapitre 125 

l'en reviens à l'avarice, et je vous dis ceci : quand la sensibilité veut s'emparer d'une chose ou la conserver avec ténacité, que la raison dise : « Cette chose aura un terme.» II est évident que si elle a un terme, c'est folie de l'aimer et qu'il faut aimer et conserver ce qui n'aura pas de terme. 

Que l'avarice se transforme donc en aumône! Que l'avare' donne bien ce qu'il a amassé pour le mal et qu'il prenne garde que sa main gauche ignore ce que donne sa main droite! Ce sont les hypocrites qui veulent être vus et loués par le monde quand ils font l'aumône. En vérité, ils sont stupides, car c'est de celui pour lequel il travaille que l'homme reçoit son salaire. Si c'est de Dieu que l'homme veut recevoir quelque chose, c'est Dieu qu'il doit servir! 

Soyez attentifs en faisant l'aumône : considérez que tout ce que vous donnez pour l'amour de Dieu, vous le donnez à Dieu. Ne rechignez pas à donner! Donnez pour l'amour de Dieu ce que vous avez de meilleur! Dites-moi, voudriez-vous recevoir de Dieu quelque chose de mauvais? Certes non, poussière et cendre! Alors, comment avez-vous la foi en vous si vous donnez quelque chose de mauvais pour l'amour de Dieu? II vaudrait mieux ne rien donner que de donner quelque chose de mauvais. 

En effet, si vous ne donniez rien, vous auriez quelque excuse selon le monde, mais si vous donnez quelque chose de mauvais en conservant pour vous le meilleur, quelle« sera votre excuse! Voilà tout ce que j'ai à vous dire au sujet de la pénitence. » Barthélémy répondit : « Combien de temps doit durer la pénitence? » Jésus répondit : « L'homme doit se repentir et faire pénitence aussi longtemps qu'il est en état de péché. Or, l'être humain pèche toujours. Aussi doit-il toujours faire pénitence! à moins que vous ne vouliez faire plus grand cas de vos chaussures que de votre âme, puisque vous les réparez chaque fois qu'elles s'abîment! »

 

Chapitre 126 

Ayant convoqué ses disciples, Jésus les envoya deux à deux dans tout Israël en disant : «Allez et prêchez comme vous avez entendu ! » ils assirent et il leur posa la main sur la tête en disant « Au nom de Dieu, rendez la santé aux malades, chassez les démons et détrompez Israël à mon sujet en lui disant ce que j'ai dit devant le pontife! » 

Et tous partirent sauf celui qui écrit, ainsi que Jacques et Jean. Ils allèrent par toute la Judée , prêchant la pénitence comme le leur avait dit Jésus et guérissant toute sorte :d'infirmité à tel point que furent confirmées en Israël les paroles de Jésus :  Dieu  est un et Jésus est prophète de Dieu, puisqu'une grande foule les voyait faire ce que Jésus lui-même faisait, c'est-à-dire guérir les malades. Mais les fils du diable, c'est-à-dire les. prêtres et les scribes, trouvèrent un autre moyen de persécuter Jésus. Ils commencèrent à dire que Jésus aspirait à régner sur Israël. Cependant ils craignaient le peuple; aussi c'est en secret qu'ils complotaient contre Jésus. 

Après avoir parcouru la Judée , les disciples retournèrent à Jésus. Il les reçue comme un père reçoit ses enfants, en disant : « Dites-moi ce qu'a fait le Seigneur notre Dieu. Oui j'ai vu Satan tomber sous vos pieds; vous le piétiniez comme le vigneron le raisin. » Ils répondirent : « Maure, nous avons guéri une infinité de malades et chassé beaucoup de démons qui tourmentaient les hommes. » 

Jésus dit : « Dieu vous pardonne, frères, mais vous avez péché en disant : « Nous avons guéri », c'est Dieu qui a tout fait ! » Ils répondirent : « Nous avons parlé comme des sots. Enseigne-nous donc comment nous devons parler! » Jésus répondit: « En toute bonne action, dites : « Dieu a fait », Et en toute mauvaise action, dites : « J'ai péché ». ? « Ainsi ferons-nous! » dirent les disciples. 

Jésus dit alors : « Et qu'a dit Israël après avoir vu Dieu faire par les mains de tant d'hommes ce qu'il a fait par les miennes'' » Les disciples répondirent 

« Ils disent qu'il y a un seul Dieu et que tu es prophète de Dieu. » Jésus répondit,

le visage joyeux : Béni soit le saint nom de Dieu qui n'a pas dédaigné le désir de son serviteur.» Cela dit, ils allèrent se reposer. 

 

 

Chapitre 127 

Jésus quitta le désert et entra à Jérusalem. Tout le peuple courut au temple pour le voir. Aussi, après la lecture des psaumes, Jésus monta sur le pinacle à l'endroit où montait le scribe. Ayant de !a main réclamé le silence, il dit : « Frères, béni soit le saint nom de Dieu qui nous a .créés de la boue de la terre et non d'esprit ardent, car quand nous péchons nous trouvons miséricorde auprès de Dieu, tandis que Satan ne la trouvera jamais puisqu'il est incorrigible dans son orgueil. Il. répète toujours qu'il est noble puisqu'il est esprit ardent. 

Avez-vous entendu, frères, ce que notre père David dit de notre Dieu : qu'il s'est souvenu que nous sommes poussière, que notre esprit va et ne revient pas et que c'est pour cela qu'il nous a fait miséricorde ? Heureux ceux qui connaissent ces paroles car .ils ne pécheront pas à jamais contre leur Seigneur; comme ils se repentent après leur péché, celui-ci ne dure pas. 

Malheur à ceux qui s'exaltent car ils seront humiliés' dans les ardentes braises de l'enfer! Dites-moi, frères, pourquoi s'exalter? En tire-t-on quelque bien ici-bas ? Certes non! comme le dit le prophète de Dieu, Salomon : « Tout ce qui est sous le soleil est vanité! » 

Mais si les choses du monde ne nous fournissent pas'. de raison de nous exalter dans notre coeur, encore beaucoup moins nous en donne notre vie, tourmentée qu'elle est de nombreuses misères. Toutes les créatures inférieures à l'homme luttent en effet contre nous! Oh, combien en a tués l'été brûlant! Combien en a tués l'hiver gelé et froid! Combien ont été tués par la foudre et la grêle ! Combien se sont noyés en mer par l'impétuosité du vent! Combien sont morts de la peste, de la famine, dévorés par des fauves, mordus par des serpents, étouffés par des aliments! Oh, malheureux homme qui s'exalte malgré tant de contrepoids qui l'exposent à être assailli en tout lieu par toutes les créatures!

 

Chapitre 128 

Mais que dirais?je de la chair et de la sensibilité qui ne désirent que l'iniquité? Que dirai-je du monde qui ne présente que le péché? des réprouvés qui, pour servir Satan, persécutent celui qui veut vivre selon la loi de Dieu? Oui, frères, si l'homme ouvrait les yeux, comme le dit David notre père, il ne pécherait jamais' ! 

S'exalter dans son coeur, ce n'est pas autre chose que fermer la porte à la pitié et à la miséricorde de Dieu pour qu'il ne pardonne pas! Notre père David dit que notre Dieu s'est souvenu que nous sommes poussière ' et que notre esprit va et ne revient pas". Or, celui qui s'exalte nie qu'il est poussière. Comme il ne reconnaît pas le besoin où il se trouve, il n'appelle pas à l'aide, et il irrite Dieu qui pourrait l'aider. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, Dieu pardonnerait à Satan si Satan reconnaissait sa misère et demandait miséricorde à son créateur, qui est béni à jamais ! 

Or donc, frères, moi, un homme, poussière et boue cheminant sur la terre, je vous dis : faites pénitence et reconnaissez vos péchés! Je sais, frères, que Satan vous a trompés au moyen de l'armée romaine quand vous disiez que j'étais Dieu. 

Gardez-vous donc de les croire : ils sont tombés dans la malédiction de Dieu en servant des dieux faux et menteurs ainsi que notre père David les invectiva : « Les dieux des nations sont d'argent et d'or, couvre de leurs mains : ils ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n'entendent pas, un nez et ne sentent pas, une bouche et ne mangent pas, une langue et ne parlent pas, des mains et ne touchent pas, des pieds et ne marchent pas ! » C'est pourquoi notre père David dit en priant notre Dieu vivant : « Qu'ils leur soient semblables ceux qui les font et qui se confient en eux ! » ils font toutes sortes de scélératesses. Moi je jeûne deux fois la semaine, et je donne la dîme de tout ce que je possède ! » 

Le publicain se tenait au loin. prosterné à terre. II disait en se frappant la poitrine et la tête inclinée « Seigneur,  je ne suis pas digne de regarder le ciel ni ton sanctuaire car j'ai beaucoup péché. Aie pitié de moi ! » 

En vérité, je vous le dis, le publicain redescendit du temple meilleur que le pharisien, car notre Dieu le rendit juste en lui pardonnant tous ses péchés. Mais le pharisien descendit pire que le publicain car notre Dieu ayant ses actions en abomination, le réprouva. 

 

 

Chapitre129 

La hache se glorifiera-t-elle d'avoir coupé la forêt où l'homme a fait un jardin? Certainement pas, car c'est l'homme qui a tout fait de ses propres mains. Et il a fait la hache elle-même. Et toi, homme, tu te glorifierais d'avoir fait quelque bien, alors que notre 

Oh, orgueil inouï que celui des hommes créés par Dieu à partir de la terre, ils oublient leur condition et veulent se faire un Dieu à leur gré. Sans rien dire, ils se moquent de Dieu; c'est comme s'ils disaient : « II ne sert à rien de servir Dieu! » car c'est ce que montrent leurs oeuvres. 

C'est à cela que voulait vous réduire Satan, frères, vous faire croire que je suis Dieu, alors que je ne peux vous être d'aucune utilité, moi qui ne peux même pas créer une seule mouche" et qui suis passible et mortel. Si j'ai moi-même besoin de tout, comment vous aiderais-je en tout, comme c'est le propre de Dieu? Mais nous qui avons notre grand Dieu qui a tout créé par sa parole, nous nous moquerons des gentils et de leurs dieux. 

Deux hommes montèrent ici, au temple, pour prier; l'un était pharisien et l'autre publicains. Le pharisien se rendit près du sanctuaire. Priant la tête haute, il dit : «Je te remercie, Seigneur mon Dieu. car je ne suis pas comme les autres hommes pécheurs, et particulièrement comme ce publicain : Dieu t'a créé à partir de la boue et qu'il opère en toi tout le bien qui s'y fait pourquoi méprises-tu ton prochain? Ne sais-tu pas que si Dieu ne te gardait pas de Satan, tu serais pire que Satan? Ne sais-tu pas qu'un seul péché transforma le plus beau des anges en le plus hideux des démons ? Qu'un seul péché transforma Adam t, l'homme le plus parfait qui soit venu au monde en malheureux, le soumettant lui et toute sa descendance à tout ce que nous soutirons? 

Quel décret as-tu qui te permette, de vivre à ton gré sans craindre personne ? Malheur à toi, boue, car pour avoir voulu t'exalter au-dessus de Dieu ton créateur, tu seras prostrée sous les pieds de Satan ton tentateur. » Cela dit, Jésus pria, les mains levées vers le Seigneur. Et tout le peuple disait : «Qu'il en soit ainsi ! Qu'il en soit ainsi ! » 

toucher!» Jésus dit alors : « Simon, je dois te dire quelque chose ». Simon répondit : « Parle, Maître, car je désire ta parole !» 

 

 

Chapitre 130 

Jésus dit : « II était une fois un homme qui avait deux débiteurs. L'un lui devait cinquante sous et l'autre cinq cents. Comme ils n'avaient pas de quoi payer. pris de pitié, il remit à chacun sa dette. Lequel aima le plus son créditeur?» Simon répondit : « Celui auquel fut remise la plus grande dette! » Jésus dit : « Tu as bien dit ! » 

Aussi je te le dis, considère cette femme ainsi que toi-même. Tous deux vous étiez débiteurs de Dieu. l'un pour la lèpre du corps et l'autre pour la lèpre de l'âme, c'est-à-dire le péché. Pris de pitié par mes prières,  Dieu notre Seigneur. a voulu guérir chez toi le corps, et chez elle l'âme. Mais toi, tu m'aimes 

Quand il eut terminé la prière, il descendit du pinacle. On lui présenta alors de nombreux infirmes auxquels il rendit la santé et il quitta le temple. 

Alors Simon le lépreux, qu'il avait guéri, l'invita à manger le pain. Les prêtres et les scribes qui haïssaient Jésus racontèrent à l'armée romaine ce que Jésus avait dit contre leurs dieux. Aussi cherchaient-ils un moyen de le tuer, mais ils ne le trouvaient pas car ils craignaient le peuple. 

Jésus étant entré dans la maison de Simon, ils se mirent à table. Tandis qu'ils mangeaient, voici qu'une femme du nom de Marie, pécheresse publique, entra dans la maison. Prosternée à terre, derrière les pieds de Jésus; elle les lavait de ses larmes, les oignait d'un onguent précieux et les essuyait de ses cheveux. Simon et tous ceux qui mangeaient se scandalisèrent. Ils disaient en eux-mêmes : «S'il était prophète, il saurait qui et comment est cette femme et il ne se laisserait pas peu car tu as peu reçu : Quand je suis entré dans ta maison, tu ne m'as pas donné un baiser, tu n'as pas oint ma tête. Par contre cette femme, tu as vu qu'aussitôt entrée chez toi elle s'est placée à mes pieds ; elle les a lavés de ses larmes et les a oints d'un onguent précieux. C'est pourquoi je te dis en vérité, beaucoup de péchés lui sont remis parce qu'elle a beaucoup aimé! » 

Et se tournant vers la femme, il dit : « Va en paix car le Seigneur notre Dieu t'a pardonné tes péchés ! Mais prends garde de ne plus pécher! Ta foi t'a sauvée!»

 

Chapitre 131 

Après la prière de la nuit, les disciples s'approchèrent de Jésus et dirent : « Maître, comment devons-nous faire pour fuir l'orgueil ? » Jésus répondit : « Avez-vous vu un pauvre, invité par un prince à manger le pain? » Jean répondit: « Moi j'ai mangé le pain chez Hérode, car avant de te connaître, j'allais pêcher et je vendais le poisson à ta maison d'Hérode. Un jour que celui?ci donnait un repas, j'avais apporté un beau poisson et il me fit rester pour manger. 

Jésus dit alors : «Comment? Tu as mangé le pain avec des infidèles! Que Dieu te pardonne, Jean! Mais dis-moi, comment t'es-tu componé à table ? As-tu cherché à avoir la place !a plus honorable ? As-tu demandé les aliments les plus recherchés ? As-tu parlé sans être interrogé? As-tu pensé que tu étais plus digne que les autres de t'asseoir à table ? » 

Jean répondit : « Vive Dieu! En me voyant moi, vil pécheur mal vêtu, assis parmi les barons du roi, je n'osais pas lever les yeux! Puis, le roi m'ayant donné un morceau de viande, il me sembla que le monde me tombait sur la tête à cause de la grandeur de cette faveur. Je le dis en vérité, si le roi avait été de notre loi, j'aurais voulu le servir tout le temps de ma vie! » 

Jésus cria : « Tais-toi, Jean. je crains que Dieu ne nous engloutisse comme Abiron à cause de notre orgueil ! » Les disciples tremblèrent d'épouvante aux paroles de Jésus. Puis il ajouta : « Craignons que Dieu ne nous engloutisse à cause de notre orgueil ! » 

« Frères, vous avez entendu Jean et comment on fait chez un prince. Malheur aux hommes qui viennent au monde, car s'ils vivent dans l'orgueil, ils mourront dans l'ignominie et s'en iront dans là confusion. 

Ce monde en effet est une maison où Dieu invite les hommes à manger; tous les saints et prophètes de Dieu y ont mangé. Je vous le dis en vérité, tout ce que reçoit l'homme, il le reçoit de Dieu. Aussi l'homme devrait-il demeurer dans une extrême humilité, en reconnaissant sa bassesse et la grandeur de Dieu, et le grand bienfait qu'il nous accorde en nous nourrissant. II n'est donc pas permis à l'homme de dire : « Pourquoi fait-on ceci et pourquoi dit-on cela dans le monde?» Qu'il se regarde lui-même au contraire et qu'il se reconnaisse indigne ? ce qu'il est en vérité,  de se tenir dans le monde à la table de Dieu. 

Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, en ce monde on ne reçoit de Dieu rien de si petit que l'homme ne doive donner sa vie en retour pour l'amour de Dieu! Vive Dieu, tu n'as pas péché, Jean, en mangeant avec Hérode, car Dieu t'y disposa pour que tu sois notre maître et celui de quiconque craint Dieu. Faites en sorte, dit Jésus à ses disciples, de vivre dans le monde comme vécut Jean chez Hérode quand il margea le pain avec lui. et, en vérité, en toute chose vous serez exempts d'orgueil ! »

 

Chapitre132 

Tandis qu'il cheminait au bord de la mer de Galilée, Jésus fut entouré d'une grande multitude de gens.  monta alors dans une barque qui d'elle-même s'éloigna un peu de la rive, et s'arrêta assez près de la terre pour qu'on puisse entendre sa voix. Tous s'approchèrent de la mer, s'assirent et attendirent qu'il parle. 

Ayant donc ouvert la bouche, il dit : « Voici que sortit le semeur. En semant, une partie de la semence tomba sur la toute; elle fut piétinée par les hommes et mangée par les oiseaux. Une partie tomba sur les pierres, mais en poussant, comme elle n'avait pas d'humidité, elle sécha au soleil . Une partie tomba dans les haies, et en poussant, les épines étouffèrent la semence. Enfin une partie tomba dans la bonne terre et elle produisit jusqu'à trente, soixante, et même cent. » 

Jésus dit encore : « Voici qu'un père de famille sema du bon blé dans son champs. Puis, tandis que dormaient les serviteurs du brave homme, l'ennemi de leur patron vint et sema l'ivraie par-dessus la bonne semence. Quand le blé leva, on vit qu'une grande quantité d'ivraie avait poussé avec le blé. Les serviteurs s'approchèrent du patron et dirent 

« Seigneur, n'as-tu pas semé de la bonne semence dans ton champ? Pourquoi donc une grande quantité d'ivraie a-t-elle levé ? » Le patron répondit : « Du bon blé, j'en ai semé, mais pendant que les hommes 

Jésus dit encore : « Voici un citadin dont la source fournit de l'eau à tous ses voisins pour laver leurs saletés alors que lui-même laisse détériorer ses propres habits. » 

Jésus dit encore : « Deux hommes sortirent pour vendre des pommes. L'un voulait vendre la peau de la pomme au poids de l'or, sans s'occuper dé la pulpe ; l'autre cherchait seulement à donner les pommes contre un morceau de pain pour le voyage. Mais les hommes achetèrent la peau des pommes au poids de l'or, sans s'occuper de celui qui voulait les leur donner; bien plus, ils le méprisèrent ! » 

Et ainsi, ce jour-là, Jésus parla à la foule en paraboles. Ayant congédié celle-ci, il se rendit avec ses disciples à Naïn où il avait ressuscité" le fils de la veuve. Celui-ci et sa mère le reçurent chez eux et le servirent. 

 

 

Chapitre 133 

Les disciples s'approchèrent de Jésus et l'interrogèrent : « Maître, donne-nous le sens des paraboles que tu as dites au peuple ! » Jésus répondit : dormaient, l'ennemi de l'homme vint et sema l'ivraie par-dessus le blé! » Les serviteurs dirent: « Veux-tu que nous allions retirer l'ivraie du blé ? » Le patron répondit : « Ne te faites pas, parce que vous arracheriez en même temps le blé; attendez au contraire que vienne le temps de la récolte, alors vous irez retirer l'ivraie du blé et vous la jetterez au feu. Quant au froment, vous le mettrez dans mon grenier! » 

Jésus dit encore : « beaucoup d'hommes sortirent pour vendre des figues. Une fois sur la place, voici que les hommes ne cherchaient pas de bonnes figues, mais de belles feuilles. Pour cette raison, les hommes ne purent pas vendre les figues. Ce qu'ayant vu, un mauvais citadin se dit : « Je peux certainement devenir riche ! » Il appela donc deux de ses fils et ils allèrent cueillir une grande quantité de feuilles avec de mauvaises figues. Ils les vendirent à prix d'or, car les hommes appréciaient beaucoup les feuilles. Par la suite, en mangeant les figues, les hommes tombèrent très gravement malades. » 

« L'heure de prier approche. Mais quand nous aurons fait !a prière des vêpres, je vous dirai le sens des paraboles. » La prière faite, les disciples s'approchèrent de Jésus. I! leur dit : « L'homme qui sème sur la route, sur tes pierres, sur les épines et dans la bonne terre, c'est celui qui enseigne la parole de Dieu. Elle tombe sur un grand nombre d'hommes. Elle tombe sur ?la route quand elle parvient aux oreilles des marins et des marchands, car Satan ôte de leur mémoire la parole de Dieu à cause des longs voyages qu'ils font et de la diversité des. nations qu'ils fréquentent. 

Elle tombe sur les pierres quand elle parvient aux oreilles des courtisans, car elle ne pénètre pas en eux à cause du grand souci qu'ils prennent de servir le corps d'un prince; même s'ils gardent quelque mémoire de la parole de Dieu, ils l'oublient dès qu'ils ont quelque tracas. Ne servant pas Dieu en effet, ils ne peuvent pas espérer son aide. 

Elle tombe dans les épines, quand elle parvient aux oreilles de ceux qui aiment leur propre vie. Même si la parole de Dieu croît en eux, quand les désirs charnels croissent, ils étouffent la bonne semence de la parole de Dieu, cal' les satisfactions charnelles font abandonner. la parole de Dieu. 

La parole de Dieu tombe dans la bonne terre quand elle parvient aux oreilles de celui qui craint Dieu ; elle porte alors du finit de vie éternelle. Je vous le dis donc en vérité, en tout état de vie, si l'homme craint Dieu, la parole de Dieu portera fruit en lui. 

Quant à ce père de famille, en vérité je vous le dis, c'est Dieu, notre Seigneur, père de toute chose puisqu'il a faut créé. Mais il n'est pas père par nature, car il ne comporte pas de mouvement, et sans mouvement on ne peut engendrer. C'est notre Dieu, donc, auquel appartient ce monde. Son champ, c'est les hommes. La semence, c'est la parole de Dieu. Quand les docteurs négligent la prédication de la parole de Dieu pour s'occuper des affaires du monde, Satan sème l'erreur dans le tacot des hommes. C'est ainsi que sont nées une infinité de sectes à la doctrine détestable. 

Les saints et les prophètes crient : « Seigneur, n'as-tu pas donné une bonne doctrine aux hommes? Pourquoi donc y a-t-il tant d'erreurs ?» Dieu répond « J'ai donné une bonne doctrine aux hommes, mais pendant que les hommes se sont adonnés aux vanités, Satan y a semé des erreurs pour détruire ma loi ! » Les saints disent : «Seigneur, nous disperserons ces erreurs en détruisant les hommes! Dieu répond : « Ne le faites pas, car les fidèles sont tellement unis aux infidèles par lien de parenté qu'on perdrait le fidèle avec l'infidèle! Mais attendez jusqu'au jugement! En ce temps?là, les infidèles seront rassemblés par mes anges et seront chassés eu enfer avec Satan. Alors les bons fidèles viendront

 

Chapitre 134 

Ceux qui portent les bonnes figues. ce sont les vrais docteurs qui prêchent la bonne doctrine, mais le monde qui se complaît dans les mensonges cherche auprès des docteurs les feuilles des belles paroles et de la flatterie. Ce que voyant. Satan se joint à la chair 

dans mon royaume. » Il est certain que beaucoup de pères infidèles engendreront des fils fidèles et à cause d'eux, Dieu attend que le monde fasse pénitence. 

et à la sensibilité et apporte un grand nombre de feuilles, c'est la quantité de choses terrestres dans lesquelles il cache le péché. En recevant celui-ci, l'homme tombe malade et se tourne vers la mort éternelle. 

Le citadin quia de l'eau et qui la donne à d'autres pour que son eau lave leurs impuretés tandis qu'il laisse détériorer ses propres vêtements, c'est le docteur qui prêche la pénitence à d'autres alors que lui-même demeure toujours dans le péché. Oh le malheureux! Ce ne sont pas les anges, mais sa propre langue qui écrit dans l'air la peine qui lui convient! Si quelqu'un avait la langue d'un éléphant et le restant du corps petit comme une fourmi, ne serait-il pas monstrueux ? Oui, bien sûr, eh bien, je vous le dis, en vérité, il est plus monstrueux encore celui qui prêche aux autres la pénitence mais qui ne se repent pas de ses propres péchés. 

Et ces deux hommes qui vendent des pommes? L'un prêche pour l'amour de Dieu et ne flatte personne. Au contraire, il prêche en vérité et ne recherche que la nourriture d'un pauvre. Vive Dieu, en présence de qui se tient mon âme, un tel homme n'est pas bien reçu par le monde, mais bien plutôt méprisé ! Par contre, celui qui vend la peau au poids de l'or et qui donne la pomme, c'est celui qui prêche pour plaire aux hommes. En flattant le monde, il perd l'âme qui accepte sa flatterie. Combien ont péri ainsi! » 

Celui qui écrit répondit alors :«Comment faut-il écouter la parole de Dieu et à quoi reconnaît-on celui qui prêche pour l'amour de Dieu?» Jésus répondit : « On doit écouter celui qui prêche, quand il prêche la bonne doctrine, comme si c'était Dieu qui parlait, car Dieu parle par sa bouche. Mais celui qui ne réprouve pas les péchés et qui au contraire, fait acception des personnes en les flattant, il faut le fuir comme un horrible serpent, car en vérité il empoisonne le coeur humain. Comprenez-vous? Je vous le dis en vérité, de même que le blessé n'a pas besoin de beaux bandages pour panser ses plaies, mais bien de bon onguent, de même le pécheur n'a pas besoin de beaux discours, mais plutôt de bons reproches pour qu'il cesse de pécher. »

 

Chapitre 135 

Pierre dit alors : « Maître, pour que l'homme fuie le péché, dis-nous 'comment seront tourmentés les damnés et combien de temps ils resteront en enfer ! » 

Jésus répondit : « Pierre, grande est ta demande ; pourtant, s'il plaît à Dieu, je te répondrai : Sachez donc que l'enfer est un, même s'il comporte sept cercles superposés : il s'y trouve sept peines tout comme il y a sept sortes de péchés que Satan a engendrés comme les sept portes de l'enfer. 

En effet, l'orgueilleux, c'est-à-dire le plus hautain de coeur, sera précipité dans le cercle le plus bas en passant par tous les cercles intermédiaires et en y souffrant toutes les peines qui s'y trouvent. Comme il s'efforce ici bas d'être supérieur à Dieu en voulant agir à sa guise à l'inverse de ce que Dieu commande et qu'il ne veut connaître aucun supérieur, il sera placé là?bas sous les pieds de Satan et de ses diables qui le piétineront comme du raisin quand on fait le vin. Et il sera pour toujours tourné en dérision et en raillerie par les diables. 

L'envieux qui se ronge ici-bas du bien qui arrive au prochain et qui se réjouit de son malheur, descendra dans le sixième cercle; il y sera rongé par une grande quantité de serpents infernaux ; il lui semblera que tout ce qui se trouve en enfer se réjouit de son tourment et s'afflige de ce qu'il ne soit pas descendu au septième cercle. En effet, bien que les damnés ne soient susceptibles de se réjouir d'aucune manière, la justice de Dieu fera en sorte que le misérable les voie ainsi. Comme celui qui croit voir en songe quelqu'un qui le méprise et qui s'en tourmente, ainsi en sera-t-il pour le misérable envieux; là où il n'y a aucune joie, il lui semblera que chacun se réjouit de son malheur et s'afflige qu'il ne lui soit pas arrivé pire ! 

L'avare descendra au cinquième cercle; il y souffrira une pauvreté extrême, comme la souffrit le riche bon vivant ; pour accroître son tourment, les démons lui présenteront ce qu'il voudra, mais quand il l'aura entre les mains, d'autres diables le lui enlèveront violemment, en disant :« Rappelle-toi que tu n'as pas voulu donner pour l'amour de Dieu Aussi maintenant, Dieu ne veut pas que tu reçoives » Oh, le malheureux homme! qu'éprouvera-t-il et en voyant la pénurie présente et en se rappelant l'abondance passée, et qu'il pouvait, avec les biens qu'il ne peut plus avoir, acquérir les délices éternelles ! 

Au quatrième cercle, s'en ira le luxurieux. Ceux qui auront transformé la voie que Dieu leur avait donnée, seront plongés dans l'excrément brûlant du diable comme du blé que l'on cuit; ils y seront enlacés par d'horribles serpents infernaux. Quant à ceux qui auront péché avec des prostituées, toutes leurs actions impures se changeront en union avec les furies infernales qui sont des démons en forme de femmes; leurs cheveux sont des serpents, leurs yeux du soufre enflammé, leur bouche est vénéneuse, leur langue est du fiel, leur corps est tout frisé d'hameçons recourbés comme ceux avec lesquels on prend l'imprudent poisson, leurs griffes sont comme celles d'un griffon, leurs ongles sont des rasoirs et leur sens génital a pour nature le feu. Chaque luxurieux jouira avec elles des braises infernales qui seront son lit ! 

Au troisième cercle. descendra le paresseux qui ne veut pas travailler maintenant. On y bâtit des villes et des constructions immenses qu'il faut détruire dès qu'elles sont faites sous prétexte qu'une seule pierre n'est pas bien placée. Leurs pierres, très grandes. sont placées sur les épaules du paresseux. Celui?ci n'a pas les mains libres pour se rafraîchir le corps tandis qu'il marche, ni pour soulever la charge car la paresse lui a enlevé la force des bras et que ses pieds sont enchaînés par des serpents infernaux. Ce qui est pire. derrière lui se trouvent des démons qui le poussent et le font souvent tomber à terre sous la charge que personne ne l'aide à soulever; et comme il tarde trop à la soulever, une double charge lui est imposée ! 

Au deuxième cercle, descendra le gourmand. Or, ici, la famine est si grande qu'on n'y mange que 

des scorpions et des serpents vivants : ils procurent un tel tourment qu'il vaudrait mieux n'être jamais né que de manger une telle nourriture. 

Des aliments recherchés lui sont bien présentés, en apparence, par les démons, mais comme il a les mains et les pieds liés par des chaînes de feu, il ne peut prendre en main ce vent qui lui parait être un aliment. Et ce qui est pire, ces scorpions mêmes qu'il mange pour qu'ils lui dévorent le ventre, ne pouvant sortir vite, déchiquettent ses parties secrètes. Quand ils sont sortis, souillés et immondes, le gourmand les remange sales comme ils sont ! 

Le coléreux descend au premier cercle. II y est outragé par tous les diables. Tous ceux qui descendent, damnés inférieurs à lui, se moquent de lui et le frappent. Ils le font coucher sur la route où ils passent et lui mettent les pieds sur la gorge. II ne peut se défendre puisqu'il a les mains et les pieds liés. Ce qui est pire, c'est qu'il ne peut donner cours à sa colère en outrageant les autres, car sa langue est accrochée par un clos semblable à celui dont se sert le bouchers. 

En cet endroit maudit, il y aura une peine générale, commune à tous les cercles, comme on mélange tous les grains pour en faire un pain, car le feu, la glace, la tempête, les éclairs, le soufre, la chaleur, le froid, le vent, la rage, l'épouvante seront tous si bien unis par la justice de Dieu, que le froid ne tempérera pas le chaud, ni le feu la glace, mais que chaque chose apportera un tourment au misérable pécheur!

 

Chapitre 136 

En ce lieu maudit, les infidèles demeureront toujours en sorte que si le monde était plein de grains de mil et si, pour le vider, un seul oiseau en enlevait un grain tous les cent ans et si les infidèles ne devaient aller au paradis qu'une fois le monde vidé, ils demeureraient là avec joie. Mais cette espérance n'existe pas. Leur tourment ne peut avoir de fin car ils ne voulurent pas mettre fin à leur péché pour l'amour de Dieu. 

Quant aux fidèles, ils seront soulagés et leur tourment prendra fin. » En entendant cela, les disciples furent effrayés et dirent : « Les fidèles doivent-ils donc aller en 

enfer? » Jésus répondit : « Chacun, quel qu'il soit, doit aller en enfer. Il est vrai toutefois que les saints et prophètes de Dieu s'y rendront pour voir, sans souffrir aucune peine et qu'ils n'en retireront que de la crainte. 

Mais que dis?je ? le messager de Dieu lui-même s'y rendra pour voir la justice de Dieu, et l'enfer en tremblera devant lui. Et, comme il sera de chair humaine, tous ceux qui sont de chair humaine et qui se trouveront dans la peine, seront exempts de peine aussi longtemps que le messager de Dieu restera à regarder l'enfer. Mais il y restera le temps qu'il faut pour fermer et ouvrir les yeux. Dieu fera cela pour que toute créature sache qu'elle a tiré profit du messager de Dieu. Quand il s'y rendra, tous les diables chercheront à se cacher sous les braises ardentes, poussant des cris et se disant l'un à l'autre : « Fuis, fuis, car voici qu'arrive Muhammad, notre ennemi ! »  En l'entendant, Satan se frappera la face des deux mains et il dira en poussant des cris : « A ma honte, tu es plus noble que moi et cela n'est pas juste !» 

Quant aux fidèles, répartis en soixante-douze degrés, ceux des deux derniers degrés qui auront eu la foi mais sans faire le bien, ? les uns s'attristant de devoir bien agir et les autres se réjouissant du mal ?, ils resteront en enfer soixante-dix mille ans. Après ces années?là, l'ange Gabriel se rendra en enfer et il entendra dire : « O Muhammad, où sont les promesses qui nous ont été faites selon lesquelles ceux qui auront eu la foi ne resteraient pas en enfer pour toujours? » 

Alors l'ange de Dieu retournera au paradis, et après s'être approché avec révérence du messager de Dieu il lui racontera tout ce qu'il aura entendu. Le messager s'adressera alors à Dieu et dira « Seigneur, mon Dieu, souviens-toi que tu as promis à moi, ton serviteur, que ceux qui ont reçu ma foi ne resteraient pas en enfer pour toujours!» Dieu répondra : « Demande tout ce que tu veux, mon ami, et je te donnerai tout ce que tu demanderas ! » 

 

 

Chapitre 137 

Le messager de Dieu dira alors : « Seigneur, il y a des fidèles qui sont restés en enfer soixante-dix mille ans! Où est, Seigneur, ta miséricorde ? Je te prie, Seigneur, de les libérer de ces peines amères! » Dieu ordonnera alors à ses quatre anges favoris, d'aller en enfer, d'en retirer tous ceux qui ont la foi de son messager, et de les conduire au paradis. Ce qu'ils feront. Tel sera l'avantage de la foi du

messager de Dieu : ceux qui auront cru en lui, même s'ils n'ont pas bien agi, du moment qu'ils sont morts avec cette fois-là, iront au paradis après  la peine que j'ai dite. 

Le matin venu, de bonne heure, tous les hommes de la ville, ainsi que les femmes et les enfants, vinrent à la maison où Jésus se tenait avec ses disciples et le supplièrent : « Seigneur, aie pitié de nous! Cette année, les vers ont rongé le blé, et il n'y aura pas de pain cette année dans notre région! » Jésus répondit : « Comme vous avez peur! Ne savez-vous pas que pendant les trois années de la persécution d'Achab, Elie, le serviteur de Dieu n'a pas vu de pain, et ne s'est nourri que d'herbes et de fruits sauvages ? David, notre père, prophète de Dieu, persécuté par Saül, demeura deux ans en ne mangeant que des fruits sauvages et des herbes z ; il ne mangea que deux fois du pain. » Les hommes répondirent : « Seigneur, ils étaient prophètes de Dieu, nourris de joie spirituelle; c'est pour cela qu'ils ont survécu ! Mais comment feront ces enfants? » Et ils lui montrèrent la multitude de leurs enfants.

 

Chapitre 138 

Alors Jésus eut pitié de leur misère et dit « Combien de temps faut-il encore pour la moisson? » Ils répondirent : « Vingt jours! » Jésus dit alors : « Faites en sorte que nous employions ces vingt jours à jeûner et à prier, et Dieu vous fera miséricorde . En vérité, je vous le dis, c'est Dieu qui a causé cette pénurie, car c'est en ce lieu que commença la folie des hommes et le péché d'Israël, quand ils ont dit que j'étais Dieu ou fils de Dieu. 

Après avoir jeûné dix-neuf jours, au matin du vingtième, ils virent les champs et les collines couvertes de blé mûr. Alors ils coururent à Jésus et le lui dirent. L'ayant entendu, Jésus rendit grâces à Dieu. Puis il dit : « Allez, frères, récoltez le pain que Dieu vous a donné! » Les hommes récoltèrent tant de blé qu'ils ne savaient plus où le conserver; cela fut cause d'abondance en Israël. Les habitants de la ville tinrent conseil pour faire de Jésus leur roi . Le sachant, celui-ci s'enfuit de chez eux, et les disciples peinèrent quinze jours à le trouver.

 

Chapitre 139 

Celui qui écrit, ainsi que Jacques et Jean, retrouvèrent Jésus'. Ils dirent en pleurant : « Pourquoi as-tu fui, Maître ? Pleins de douleur, nous t'avons cherché. Tous tes disciples te cherchent en pleurant ! » Jésus répondit : « J'ai fui parce que j'ai appris qu'une armée de diables me préparait ce que vous verrez bientôt. Les princes des prêtres et tes anciens du peuple se dresseront contre moi et prendront pouvoir du gouverneur romain pour me tuer, de crainte que je ne veuille usurper la royauté en Israël. En outre, je serai vendu et trahi par un de mes disciples comme Joseph fut vendu en Egypte ; pourtant Dieu juste le fera tomber comme dit le prophète David : « II fera tomber dans la fosse celui qui tend le piège à son prochain. » Dieu en effet, me sauvera de leurs mains et me retirera du monde. » Les trois disciples prirent peur et Jésus les réconforta en disant : « Ne craignez pas, aucun de vous ne me trahira!» Et ils en reçurent quelque consolation. 

Le jour suivant, trente?six disciples de Jésus arrivèrent deux par deux. En attendant les autres, ils se rendirent à Damas. Tous étaient affligés, car ils savaient que Jésus devait s'en aller du monde. 

Alors, ayant ouvert la bouche, il dit : « Celui qui marche sans savoir où il doit aller est évidemment malheureux, mais beaucoup plus malheureux encore est celui qui, pouvant et sachant comment arriver à bon port, souhaite s'arrêter, et le veut sur la route boueuse, dans la pluie et au péril des voleurs. Dites-moi, frères, ce monde est-il notre patrie ? Sûrement pas, car le premier homme fut chassé dans le monde comme en exil, afin d'y souffrir la peine de sa faute. Existe-t-il un seul exilé qui, se trouvant dans la pauvreté, n'aspire à retourner dans sa riche patrie? La raison certes le nie, mais l'expérience le prouve, car les amis du monde ne veulent pas penser à la mort, et même quand on en parle, ils ne veulent pas l'entendre.

 

Chapitre 140 

Croyez-vous, ô hommes, que je sois venu dans le monde avec un privilège qu'aucun homme n'a eu et que n'aura même pas le messager de Dieu? Notre Dieu ne créa pas l'homme pour le mettre dans le monde, mais pour le placer dans le paradis. Certes, celui qui n'attend rien des Romains puisqu'ils sont d'une loi étrangère à la sienne, ne veut pas quitter sa patrie et tous ses biens sans y jamais revenir pour aller habiter Rome. Et beaucoup moins le ferait-il encore s'il se trouvait avoir offensé César! Aussi je vous le dis en vérité, et Salomon, prophète de Dieu le crie avec moi : « Ô mort, comme ta pensée est amère pour ceux qui se sont reposés dans leurs richesses ! » 

Je ne le dis pas comme si je devais mourir maintenant, puisque je suis sûr de vivre jusque vers !a fin du monde, mais je vous en parlerai afin que vous appreniez à mourir. Vive Dieu, tout ce qu'on ne fait qu'une seule fois, on le fait mal. Pour bien faire quelque chose, il faut s'y exercer. Avez-vous vu les soldats qui, en temps de paix, s'exercent entre eux comme s'ils étaient en guerre? Au contraire comment mourra-t-il de bonne mort l'homme qui n'apprend pas à bien mourir? « Elle est chère devant Dieu la mort des saints » dit le prophète David. Savez-vous pourquoi? Je vais vous le dire c'est que toutes les choses rares sont chères et que la mort de ceux qui meurent bien est rare. Leur mort est donc chère devant Dieu notre créateur. Certes, ce que l'homme entreprend, non seulement il veut le finir, mais encore il s'efforce que son intention arrive à bonne fin. O malheureux homme, qui apprécie plus ses chausses que lui-même! En effet, lorsqu'il taille l'étoffe, il mesure soigneusement 

avant de la couper. Une fois coupée, il la coud avec soin. Mais la vie, qui est née pour mourir ? car seul ne meurt pas celui qui ne nait pas, pour quelle raison les hommes ne veulent-ils pas la mesurer à la mort? Avez-vous vu les maçons? A chaque pierre qu'ils posent, ils visent les fondations' en mesurant si elle est en place, pour que le mur ne tombe pas. O homme misérable, la construction de sa vie tombera dans un énorme écroulement parce qu'il ne vise pas aux fondations, c'est-à-dire à la mort. »

 

Chapitre 141 

Dites-moi, quand l'homme naît, comment naît-il ? II naît évidemment nu. Et quand on le met, mort, en terre, que récolte-t-il ? Un linceul grossier dans lequel on l'enveloppe; voilà la récompense que lui donne le monde! Eh bien, si en toute oeuvre les moyens doivent être proportionnés au commencement et à la fin pour qu'elle arrive à bonne fin, quelle fin aura donc l'homme qui veut des richesses terrestres? II mourra, comme dit David prophète de Dieu : « Le pécheur mourra de mate mort» ! Si un tailleurs mettait des poutres au lieu de fil dans le trou de l'aiguille pour coudre les vêtements, comment 

réussirait-il son ouvrage ? II travaillerait évidemment en vain et il serait raillé par ses voisins. Or, l'homme ne voit-il pas que c'est continuellement ce qu'il fait quand il amasse des biens terrestres, car la mort est le trou de l'aiguille que les poutres des biens terrestres ne peuvent pas traverser! Néanmoins, le fou s'efforce continuellement de faire aboutir son ouvrage, mais en vain ! 

Celui qui ne croit pas à mes paroles, qu'il regarde les tombes et il y trouvera la vérité. Celui qui veut devenir plus sage que les autres, qu'il étudie avec crainte de Dieu le livre des tombes et il y trouvera la vraie doctrine pour son salut, car en voyant que la chair humaine est conservée pour être l'aliment des vers, il saura se garder du monde, de la chair et de la sensibilité. Dites-moi, s'il y avait une route faite de telle sorte qu'en marchant au milieu, l'homme irait en sécurité, tandis qu'en marchant sur les côtés il se casserait la tête, que diriez-vous de voir les hommes s'opposer entre eux et rivaliser à qui irait le plus sur les côtés pour se tuer? Quelle serait votre stupeur! Vous diriez certainement qu'ils sont fous et détraqués, et, s'ils ne sont pas détraqués, qu'ils sont désespérés! » ? « C'est bien cela! » répondirent les disciples. Alors Jésus dit en pleurant : « En vérité, ils sont pourtant comme cela les amis du monde, car s'ils vivaient selon la raison qui se tient au milieu de l'homme, ils suivraient la loi de Dieu et se sauveraient de la mort éternelle. Mais en suivant la chair et le monde, en rivalisant à qui vivra le plus orgueilleusement et le plus lascivement, ils sont détraqués et ennemis cruels d'eux-mêmes. 

 

 

Chapitre 142 

Voyant que Jésus avait fui, Judas, le traître, perdit l'espoir de devenir puissant dans le monde. II tenait en effet la bourse de Jésus qui contenait ce qui lui avait été donné pour l'amour de Dieu. Il espérait que Jésus deviendrait roi d'Israël et qu'ainsi luimême deviendrait un homme puissant. Ayant perdu cet espoir, il se dit à lui-même : s'il était prophète, il saurait que je lui vole les deniers. Sachant que je ne crois pas en lui, il perdrait patience et me chasserait de son service. S'il' était sage, il ne fuirait pas l'honneur que Dieu veut lui donner. II vaut donc mieux que je me mette d'accord avec les princes des prêtres, avec les scribes et les pharisiens et que je m'arrange pour le livrer entre leurs mains. Ainsi pourrais-je obtenir quelque bien. 

Ayant pris sa décision, il fit savoir aux scribes et aux pharisiens ce qui s'était passé à Nain. Ceux-ci tinrent conseil avec le grand prêtre et dirent : « Que ferons-nous s'il devient roi? Cela ira vraiment mal pour nous, car il ne peut souffrir nos traditions; il voudra réformer le culte de Dieu selon la coutume antique. Et que ferons-nous sous la domination d'un tel homme? Nous périrons certainement tous avec nos enfants, car, chassés de nos fonctions, nous devrons mendier notre pain. Nous avons maintenant, Dieu en soit loué, un roi et un gouverneur étrangers à notre loi. Ils ne s'occupent pas de notre loi, de même que nous ne nous occupons pas de la leur. Ainsi nous pouvons faire ce que nous voulons. Et même si nous péchons, notre Dieu est si miséricordieux qu'il s'apaise par le sacrifice et par le jeûne. Mais si celui-ci devient roi, il ne s'apaisera pas tant qu'il n'aura pas vu le culte de Dieu établi comme l'écrit Moïse. Et ce qui est pire, il dit que le Messie ne viendra pas de la souche de David comme nous l'a dit un de ses principaux disciples, mais il dit qu'il viendra de la souche d'Ismaël et que la promesse fut faite pour Ismaël et non pour Isaac. Qu'arrivera-t-il si nous le laissons vivre ? Les Ismaélites gagneront certainement l'estime des Romains qui leur donneront notre région et Israël sera de nouveau réduit en esclavage comme il l'a été dans le passé. » 

Ayant entendu ce qu'on proposait, le pontife répondit qu'il fallait en traiter avec Hérode et avec le gouverneur, « car la foule est tellement bien disposée à son égard que sans armée nous ne pourrons rien faire. Plaise à Dieu qu'avec l'armée nous puissions conclure cette affaire! » Ayant tenu conseil entre eux, ils décidèrent alors de le prendre de nuit quand le gouverneur et Hérode auraient décidé d'intervenir.

 

Chapitre 143 

Comme les disciples étaient tous arrivés à Damas par la volonté de Dieu, et que ce jour-là Judas le traître montrait plus que tout autre qu'il avait souffert de l'absence de Jésus. Jésus dit : «Gardez-vous tous de celui qui, sans en avoir occasion, s'évertue à vous démontrer qu'il vous aime! » Dieu nous ôta l'intelligence pour que nous ne puissions pas comprendre dans quel but il le dit. 

Tous les disciples étant arrivés, Jésus dit : « Retournons en Galilée car l'ange de Dieu m'a dit qu'il faut que j'y aille!». Un samedi matin, Jésus parvint à Nazareth Les habitants de la ville l'ayant reconnu chacun désirait le voir. Alors un publicain de petite stature nommé Zachée qui ne pouvait pas voir Jésus à cause de la grande multitude, grimpa dans un sycomore. II attendait que Jésus passe par là pour se rendre à la synagogue?. Parvenu en cet endroit, Jésus leva les yeux et dit : « achée, descends, car aujourd'hui je veux demeurer chez toi! ». L'homme descendit, le reçut avec joie et fit un festin splendide. 

Les pharisiens murmuraient et disaient aux disciples de Jésus : « Pourquoi votre mature est-il entré manger avec des publicains et des pécheurs ? » lésas répondit : « Pour quelle raison le médecin entre-t-il dans une maison? Dites-le moi et je vous dirai pourquoi je suis entré ici!» Ils répondirent : « pour soigner les malades!» ? « Vous dites vrai, dit Jésus, ce ne sont pas ceux qui sont en bonne santé qui ont besoin du médecin, mais les malades. »

 

 

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